La France a mis en garde contre une épreuve de force avec la Grande-Bretagne au sujet des migrants de la Manche si une voie légale n’est pas mise en place pour permettre aux demandeurs d’asile d’entrer au Royaume-Uni.
Bruno Retailleau, le nouveau ministre français de l’intérieur, a averti vendredi que la Grande-Bretagne ne pouvait plus "sous-traiter" la sécurité des frontières de la Manche à Paris, selon un rapport du Telegraph.
M. Retailleau a reproché au Brexit de "détruire la coopération en matière d’immigration" entre les deux pays, affirmant que la France était prête à une "épreuve de force" sur la sécurité des frontières.
Il a ajouté : "J’espère que nous n’en arriverons pas là, mais nous devons changer cette relation".
M. Retailleau a appelé à un accord plus global entre la Grande-Bretagne et l’UE avant une réunion avec la ministre de l’intérieur, Yvette Cooper, le 9 décembre.
"La frontière entre la France et le Royaume-Uni est la frontière extérieure commune de l’Europe", a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’était "plus possible" que la France supporte "tout le fardeau" de sa défense.
Il a poursuivi : "La France ne peut pas s’attaquer seule à ce problème. Le Royaume-Uni doit jouer pleinement son rôle, tout comme nos partenaires européens. Notre silence ne s’achètera pas avec des livres sterling".
Lors de sa visite sur la côte nord de la France, M. Retailleau a également menacé de dénoncer l’accord du Touquet, en référence à un accord de 2004 qui permet à la Grande-Bretagne d’effectuer des contrôles frontaliers sur le sol français.
Au début du mois, un groupe de maires français a demandé que l’accord sur les migrants transmanche soit annulé, tout en appelant à l’ouverture d’une voie légale pour les migrants vers le Royaume-Uni.
"À terme, il faudra qu’il y ait une voie légale [d’immigration] vers la Grande-Bretagne et une voie de retour non seulement vers la France mais aussi vers les pays frontaliers", a déclaré M. Retailleau.
Faisant référence au nombre élevé de décès dans la Manche cette année, estimé à au moins 72, M. Retailleau a ajouté : "Ce n’est pas tolérable. C’est une tragédie".
Sous la présidence de Rishi Sunak, le gouvernement conservateur a promis 500 millions de livres sterling à la police française, afin d’améliorer l’équipement de surveillance des frontières (jumelles, drones et caméras de surveillance).
Pour contourner la surveillance de la police française, les migrants se sont également étendus plus loin le long de la côte, mettant à l’eau des bateaux depuis de nouvelles plages pour tenter d’éviter d’être repérés.
Toutefois, cette tactique leur a fait emprunter des itinéraires plus longs et plus dangereux, augmentant ainsi le risque de décès. L’année 2024 a été l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les migrants de la Manche.
Bien que les organisations caritatives d’aide aux réfugiés aient demandé que les migrants de la Manche puissent emprunter des itinéraires sûrs et légaux pour venir au Royaume-Uni lorsqu’ils se trouvent en France, le gouvernement travailliste a rejeté cette demande.
Dans un discours prononcé au début du mois, Sir Keir Starmer s’est engagé à réduire le nombre de personnes traversant la Manche à bord de petites embarcations en s’attaquant aux gangs qui facilitent ces voyages.
150 millions de livres sterling ont été promis sur deux ans pour un nouveau commandement des frontières, qui utilisera des équipements de surveillance de haute technologie et 100 enquêteurs spécialisés pour cibler les criminels.