
Si jusqu’à présent seul le Rassemblement national constituait une menace pour l’économie sociale et solidaire (ESS), le consensus républicain l’entourant semble s’éroder depuis la dissolution de l’Assemblée nationale.
En région Auvergne-Rhône-Alpes, le précédent président et actuel président du groupe dit de « La Droite républicaine » à l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez s’était surtout illustré par l’affaire du « Dîner des Sommets » à 180 000 euros, des déjeuners coûteux et des sondages en série.
Il a ouvert le feu en début d’année en supprimant la totalité de sa subvention à la Chambre régionale de l’ESS (Cress), soit 230 000 euros et un quart de son budget. Et ce au mépris de la loi qui prévoit que la région, en partenariat avec l’Etat, doit conclure une convention d’agrément avec celle-ci afin qu’elle puisse mettre en œuvre les missions qui lui sont confiées.
C’est une atteinte plus grave encore aux libertés associatives que sept députés Les Républicains (LR) viennent de commettre en proposant la triple suppression du Conseil supérieur de l’ESS, une instance consultative placée auprès de Bercy dont les membres sont bénévoles, les Cress dont le budget alloué par l’Etat n’est en moyenne que de 80 000 euros, et ESS France qui représente l’ensemble des mouvements de l’ESS dont la subvention de 500 000 euros pèse bien peu en comparaison des soutiens de l’Etat à hauteur de 600 millions d’euros pour les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) et de 250 millions d’euros pour les Chambres des métiers et de l’artisanat (CMA).
Une atteinte aux libertés associatives
La suppression des Cress comme d’ESS France n’est par ailleurs pas du ressort de l’Assemblée nationale car, si leurs missions sont organisées par la loi, elles sont constituées en associations. Leur suppression par la loi serait donc une répression de la société civile sans équivalent depuis la guerre.
Ces amendements, déposés dans le cadre de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, ont heureusement été rejetés en commission. Ils ont cependant de quoi étonner, tant parce qu’ils peuvent difficilement prétendre à la résorption des déficits de l’Etat au regard des montants engagés, que parce qu’ils se font sans considération de la ministre en charge de l’ESS, Véronique Louwagie, pourtant issue du groupe de La Droite républicaine.
Excès de zèle ? Simple cafouillage ? Ou début de fronde chez Les Républicains ? Le président d’ESS France, Benoit Hamon, pointe à juste titre que cette initiative relève de la « post-vérité » digne de Donald Trump ou d’Elon Musk puisque le chiffre avancé d’un coût de fonctionnement de 15,6 millions d’euros d’ESS France est totalement faux et grotesque. Son budget n’est que de 2 millions d’euros. (...)
A l’heure où la souveraineté industrielle est mise à l’agenda, elle pourrait prétendre à une place plus importante en Europe. N’obéissant pas aux diktats financiers, les emplois de l’ESS sont le plus souvent des emplois non délocalisables. Les entreprises détenues par leurs salariés, à l’image des sociétés coopératives et participatives (Scop), survivent par ailleurs plus longtemps et ont une meilleure productivité.
L’ESS pourrait même contribuer à réconcilier l’exigence de compétitivité avec la transition écologique. (...)