Faire face au risque de répression et de violence dans de grandes manifestations pour questionner le régime… C’est exactement ce qu’a fait le mouvement pour les droits civiques dans les années 60. Avec un mode d’action particulier : la désobéissance civile et l’action non-violente. Que reste-t-il de Martin Luther King aujourd’hui ? Comment la contestation peut-elle s’organiser à Minneapolis ? Et si ces mouvements locaux et disparates étaient l’avenir des États-Unis ? Réponses dans le podcast "L’Histoire continue" de RTBF La Première.
Tristan Cabello en est convaincu. S’il y a UN mouvement qui reste à la base de tous les mouvements d’émancipation aux États-Unis, c’est bien celui que Martin Luther King a généré il y a plus de 60 ans. L’invité de L’Histoire continue est historien et politologue, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’Université Johns Hopkins à Baltimore. "Dans l’histoire américaine, tout part du mouvement des droits civiques. C’est vraiment la matrice pour tous les mouvements d’émancipation aux États-Unis" affirme-t-il.
Ce qui marque le point d’orgue du mouvement pour les droits civiques, vaste mobilisation politique exigeant la fin concrète de la ségrégation et des discriminations subies par les Noirs américains, c’est le célèbre discours "I Have a Dream" prononcé par Martin Luther King au Lincoln Memorial de Washington en août 1963. Une prise de parole tellement puissante qu’elle résonne encore aujourd’hui, plus de 60 ans plus tard.
La marche sur Washington : le catalyseur qui permettra la signature de la loi sur les droits civiques (...)
La voie de la non-violence et la question de la désobéissance civile (...)
La question de la désobéissance civile et de l’action non violente gagnent en importance, touchant de nombreux autres mouvements par la suite. Tristan Cabello pointe parmi eux : le mouvement LGBT Stonewall (1969), les mouvements féministes radicaux (70’), et plus proche de nous : Occupy Wall Street, (2011) ou Black Lives Matter (2013 & 2020).
"La désobéissance civile, c’est une notion qui a été utilisée la première fois dans le titre d’un ouvrage de l’américain Henry David Thoreau et qui a ensuite fait l’objet de plusieurs travaux philosophiques à partir des années 60" précise Antoine Durance, chercheur et enseignant à Sciences Po Bordeaux et à l’Institut Émile Durkheim. Elle est définie comme un acte public non violent, politique, illégale et accompli le plus souvent pour amener à un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. Cette définition va évoluer à travers les années. (...)
"Mais l’un des critères fondamentaux de la désobéissance civile, c’est vraiment l’infraction intentionnelle à une loi" ajoute le chercheur. (...)
Minneapolis : le futur des États-Unis s’écrit-il en ce moment ?
Ce que Tristan Cabello nous explique c’est que les deux composantes de la lutte pour les droits civiques de Martin Luther King – la désobéissance civile et la non-violence – sont majeures dans la plupart des mouvements d’émancipation aux États-Unis depuis les années 60.
Alors à Minneapolis, avec la mobilisation contre les opérations de l’ICE, est-on dans les prémices de ce type de mouvement là aujourd’hui ?
On constate qu’il y a un mouvement de contestation et des techniques de non-violence qui sont appliquées, ou en tout cas qui s’inspirent de ce qui s’est passé dans les années 60. Mais aucun grand leader ne semble émerger du mouvement Ice out, par exemple. "Ça a vraiment à voir avec l’air du temps" pense Tristan Cabello. "Tout est beaucoup plus collectif. (...)
Dans une école, on s’organise par exemple pour pouvoir cacher les enfants qui pourraient être raflés par ICE, si ses agents venaient à rentrer dans l’établissement. "Il y a une organisation qui est très décentralisée, très locale, et qui est là. Et moi je crois que cette organisation, c’est le futur. Je crois vraiment que de cette organisation va naître une proposition politique". On voit quelques figures émerger, mais "beaucoup plus important : […] on voit des nouvelles idées".