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France TV Info/ Enquête franceinfo
"La coke fait tenir" : à l’Assemblée nationale, "le tabou" de la consommation de drogue
#drogues #assembleeNationale
Article mis en ligne le 11 février 2025

Alors que la lutte contre le narcotrafic est érigée en priorité nationale par le gouvernement, plusieurs témoignages corroborent le fait que certains députés et collaborateurs consomment des produits stupéfiants, notamment pour faire face à la charge de travail et la pression.

(...) "Rail de coke" et "cachetons"

"Tout le monde savait." La phrase est souvent revenue au fil des entretiens, lorsque le cas du député La France insoumise Andy Kerbrat, arrêté mi-octobre à Paris alors qu’il achetait de la 3-MMC, était évoqué. Après les révélations de Mediapart, le trentenaire a annoncé qu’il allait "suivre un protocole de soins", afin de se "battre contre cette addiction", et reconnu qu’il avait fait "n’importe quoi" avec ses frais de mandat, même s’il a nié s’en être servi pour acheter de la drogue. Le déontologue de l’Assemblée nationale a été saisi. Avant le député insoumis, c’est le macroniste Emmanuel Pellerin qui a défrayé la chronique, au début de l’année 2023. L’élu des Hauts-de-Seine a annoncé qu’il se mettait en retrait, après que Mediapart a révélé qu’il avait consommé de la cocaïne, avant et après son élection.

Loin de provoquer une prise de conscience dans tous les groupes, ces affaires sont surtout traitées d’un point de vue individuel. (...)

Une consommation qui n’est pas seulement solitaire, mais peut aussi se faire dans un cadre festif, y compris au sein même de l’Assemblée. Un ancien député du bloc central se souvient d’une soirée remontant à 2018 avec une petite trentaine de participants. "J’ai vu de l’abus en tout, avec des comportements lourds de mecs envers les femmes et des cachetons qui circulaient. Je suis parti, raconte-t-il. Après, j’ai refusé d’aller en soirée à cause de ce que je savais." Des soirées se tiennent aussi en dehors du Palais-Bourbon, où des élus et conseillers de tous bords se retrouvent et où la drogue circule, selon les dires d’un autre collaborateur parlementaire. En particulier de "la coke", qui "fait tenir" et vous "rend un peu festif". (...)

"Les corps sont tellement sollicités... Quand je suis devenu député, c’était encore plus physique que je ne le pensais, confie le député socialiste Arthur Delaporte, qui assure ne consommer aucun produit stupéfiant, ni même du tabac. "Qui n’a pas de repos hebdomadaire, à part les députés ? Presque personne. On dort peu, sans aucun temps de pause, on fait des déjeuners et des dîners de travail. C’est un tunnel permanent. Alors, il y a des échappatoires : le sucre, le gras, et pour certains cela peut être le tabac, l’alcool, les drogues, même si cela reste tabou."

"Notre rythme encourage les abus"

L’instabilité politique, provoquée par la dissolution à l’issue des élections européennes de juin 2024, a accentué "le stress et la tension", poursuit Arthur Delaporte. "La violence a été institutionnelle mais aussi psychique. C’est un climat anxiogène." Le député MoDem Erwan Balanant, qui lui aussi déclare n’avoir jamais touché à de la drogue, acquiesce. "Notre rythme a un côté dysfonctionnel qui encourage la fête et les abus", affirme celui qui milite depuis longtemps pour l’abolition des séances de nuit. (...)

Les équipes des députés sont elles aussi soumises à une charge de travail importante, entre la communication, la préparation des textes de loi ou les travaux en commission, sans compter la gestion des imprévus. "C’est une pression constante. C’est une disponibilité H24", livre aussi un ancien collaborateur parlementaire. "Mais, il y a un autre sujet, qui est massif : la consommation d’alcool", ajoute-t-il.

Même si elle n’est pas illégale, elle peut devenir problématique lorsqu’elle devient excessive et trop régulière. (...)

"Personne n’a intérêt à ce que la vérité sorte"

Ceux qui ont quitté leur mandat après une défaite électorale se rendent à présent compte de leurs excès passés. (...)

En période électorale, c’est encore pire. "Pendant la campagne des législatives, on est invités à boire en permanence", assure un cadre du parti présidentiel.

"Il n’est pas possible de faire une campagne sans boire. La consommation est effrénée."
Un cadre du parti présidentiel à franceinfo (...)

Comment ces questions sont-elles traitées au plus haut niveau ? "C’est un sujet que l’on prend très au sérieux, assure l’entourage du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. On a conscience qu’il y a un problème, même si nous n’avons pas de remontées spécifiques mais des bruits persistants sur le fait que la drogue circule." (...)

Sollicitée, la présidence de l’Assemblée nationale préfère renvoyer à la communication de l’institution, qui n’a pas répondu à nos questions. "Il n’y a pas d’intérêt à la transparence, il y a un tel tabou sur le sujet... Personne n’a intérêt à ce que la vérité sorte", soupire un ancien collaborateur parlementaire.