Dans un entretien à France 2, dimanche soir, le nouveau Premier ministre français Michel Barnier est revenu sur la situation migratoire du pays dont les flux, estime-t-il, ne sont pas assez limités. Le chef du gouvernement s’inquiète notamment d’une immigration "souvent insupportable" et d’un mauvais accueil de ceux déjà présents. InfoMigrants fait le point.
(...) Sans surprise, en nommant le très droitier Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur, le gouvernement ne cache pas la mise en place d’une ligne ferme en matière d’immigration. (...)
L’immigration régulière n’explose pas
En ce qui concerne l’immigration régulière, la France est dans la moyenne européenne avec 12,8 % de personnes nées à l’étranger vivant sur son territoire, selon l’Insee (...)
La part des immigrés est donc plutôt contrôlée.
Michel Barnier parle-t-il des personnes déclarant chercher l’asile lorsqu’il évoque une "immigration insupportable" ? En 2023, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a accordé la protection internationale à 31 400 personnes, contre 27 100 l’année d’avant, et 24 000 en 2021. Mais cet organisme indépendant ne dépend pas du gouvernement et n’est donc pas – en théorie – soumis à des quotas pré-établis. Les décisions y sont prises "indépendamment de toute considération diplomatique et de toute politique migratoire", a affirmé Julien Boucher, son directeur actuel en 2019 lors de sa prise de fonctions.
L’immigration irrégulière n’explose pas
Si le Premier ministre ne vise pas les étrangers en règle, il cible sans doute les migrants entrés de manière irrégulière sur le sol français. Leur nombre est difficilement quantifiable, par définition, puisqu’il comprend des personnes qui se cachent des autorités françaises. (...)
"Les personnes en situation irrégulière proviennent essentiellement de l’Italie. Par conséquent, nos flux sont corrélés aux leurs", rappelle la préfecture des Hautes-Alpes.
Les expulsions augmentent
À l’heure où le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, martèle qu’il faut "rétablir l’ordre", force est de rappeler que la France ne fait pas preuve de "laxisme" en ce qui concerne les expulsions.
Les éloignements d’étrangers en situation irrégulière ont augmenté ces trois dernière années. (...)
L’accueil des personnes en situation irrégulière est-il défaillant ?
En France, les migrants en situation irrégulière n’ont pas le droit de travailler ni de bénéficier des aides de l’État, hormis l’Aide médicale d’État. Or la plupart des exilés qui se trouvent en France, notamment en région parisienne ou dans le Nord, sont sans-papiers : soit parce qu’ils ne demandent pas l’asile (ils veulent rejoindre l’Angleterre), soit parce qu’ils sont dublinés (leur dossier d’asile dépend d’un autre État européen), soit parce qu’ils ont été déboutés de leur demande d’asile. Tous sont susceptibles d’être détenteurs d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) et donc d’être expulsés.
Pour l’heure, cette catégorie de personnes qui restent illégalement en France sans accompagnement spécifique et sans hébergement, dépendent exclusivement de l’aide humanitaire (ONG, associations, collectifs) pour survivre à la rue. (...)
Faut-il améliorer l’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés statutaires ?
"Il y aura des ruptures, beaucoup plus de fermeté et en même temps de l’humanité", a déclaré le Premier ministre sur France 2. "L’humanité" serait-elle associée à une meilleure prise en charge des demandeurs d’asile ? Des personnes qui, en vertu de la Convention de Genève, peuvent légalement rester sur le sol français en attendant l’instruction de leur dossier. Ces personnes "que l’on accueille chez nous", patientent dans un entre-deux administratifs : ni réfugié statutaire, ni en situation irrégulière.
En France, leur hébergement est du ressort de l’Ofii, Office français de l’immigration et de l’Intégration, qui dépend du ministère de l’Intérieur. Les demandeurs sont logés dans des CADA (des centres d’accueil pour demandeurs d’asile) mais ces lieux fonctionnent en quasi-saturation, selon le rapport d’activité (2021-2023) du ministère de l’Intérieur. Il faudrait "actionner conjointement plusieurs leviers : réduire les délais de traitement des demandes, créer de nouvelles places d’hébergement, augmenter la fluidité du parc", peut-on lire dans le rapport.
Cent quinze mille places sont aujourd’hui disponibles en France "avec un taux d’occupation de 97 %", rappelle Didier Leschi, le directeur général de l’Ofii, contacté par InfoMigrants.
Au mois de juillet, l’association la Cimade dénonçait encore ce manque de places. "Il reste en-deçà des besoins d’hébergement car le nombre de demandeurs d’asile en cours d’instance […] est de 146 000 en décembre 2023".
Les réfugiés statutaires peinent aussi à s’insérer dans la société, une fois leur titre de séjour en poche. En sortant des CADA – ou du Dispositif national d’accueil (DNA) – beaucoup n’ont pas les connaissances suffisantes – ni la maîtrise de la langue – pour accéder à un logement social. Ils sont perdus dans le complexe parcours administratif français et (sur)vivent dans des camps en marge de la société.