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Marie-Claude Saliceti
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"Je ne loue pas aux Noirs" : à Chypre, les migrants subsahariens victimes de racisme au quotidien
#migrants #exiles #Chypre #racisme
Article mis en ligne le 24 novembre 2023
dernière modification le 23 novembre 2023

Dans leur recherche de logement ou sur leur lieu de travail, les demandeurs d’asile originaires d’Afrique subsaharienne subissent brimades, moqueries, voire violences physiques, à cause de leur couleur de peau. Sur cette île de la Méditerranée, porte d’entrée de l’Union européenne pour des milliers de migrants chaque année, l’intégration semble mission impossible.

Sur cette île de la Méditerranée, membre de l’Union européenne (UE) depuis 2004, gagner sa vie est un véritable défi pour les demandeurs d’asile. D’autant plus pour les Africains subsahariens. "Ici, on nous identifie par notre couleur de peau. Bien sûr, on a besoin de sortir de chez nous pour travailler et manger. Pour vivre, en somme. Mais dès que je mets un pied dans la rue, j’ai peur, confie Emmanuel. Si je ne craignais pas pour ma vie chez moi, je rentrerais au Nigéria".

Comme Emmanuel et Denis, des milliers de migrants subsahariens ont fait de Chypre leur porte d’entrée dans l’UE. Le plus souvent munis d’un visa étudiant, après un vol en avion jusqu’à Ercan dans le nord de l’île sous administration turque, ils atteignent le sud du territoire en traversant la "green line", qui fait office de frontière. À leur arrivée, ils demandent l’asile dans le centre de réception de Pournara. Puis après de longs mois d’attente, leur dossier enregistré, ils peuvent enfin quitter la structure.

Mais dehors, au contact de la société chypriote, beaucoup sont frappés de plein fouet - et pour la première fois de leur vie - par le racisme. (...)

Les bâtiments de Chlorakas - résidence abandonnée situé vers Paphos - ont pendant plusieurs mois servi de refuge à plus de 600 migrants originaires de Syrie et d’Afrique subsaharienne. Tous ses occupants ont finalement été évacués fin août par la police, après plusieurs manifestations anti-migrants. Ces derniers protestaient contre ce qu’ils appelaient la "ghettoïsation" de leur village. (...)

Ces mêmes brimades arrivent aussi dans la sphère professionnelle. Au bout d’un an à ranger les rayons du supermarché Alphamega, Larry a jeté l’éponge. "Je sentais beaucoup d’arrogance de la part de mes employeurs, ils se moquaient souvent de moi, parce que j’étais Africain", témoigne-t-il. Pour Achylle, Camerounais également, les injures se sont un jour muées en violences physiques. (...)

trois côtes cassées. Pour le soigner, les médecins exigent un rapport de police. "Mais au commissariat, on m’a dit que ça ne servait à rien, qu’on ne prendrait pas ma déposition". Sans document officiel, Achylle ne peut obtenir d’ordonnance pour des anti-douleurs. "Alors j’ai attendu que ça passe. C’était très douloureux. J’avais du mal à me tenir debout, à m’asseoir aussi, se souvient-il. Aujourd’hui, quand je sors de chez moi, je suis stressé. Je regarde sans cesse à gauche, à droite, et derrière moi". (...)

Pour travailler le plus vite possible et survivre à Chypre, de nombreux migrants optent pour la livraison de nourriture à vélo, un métier plus facile d’accès. En début de soirée à Limassol, ils sont souvent postés sur les marches d’un building, en attendant une course. (...)

Quand j’arrive sur le lieu de la commande, je me fais le plus discret possible : je ne sonne pas, je pose juste le sac devant la porte et je m’en vais. Je ne prends aucun risque, car j’ai peur de ce qui pourrait m’arriver". (...)

à un feu rouge, quelqu’un m’a poussé et je suis tombé". Mais la plus brutale altercation s’est déroulée le 2 septembre, le jour où de violentes manifestations anti-migrants ont secoué le centre-ville de Limassol. (...)

"il avait une grosse chaîne autour de la main", lui assène un coup dans la mâchoire. "Je suis tombé de mon vélo, et ils ont continué à me frapper. Je criais à l’aide mais personne ne répondait". Le groupe casse son téléphone, et arrache la chaîne de son vélo. Pendant que ses agresseurs s’affairent à briser son matériel de travail, Larry réussit à s’enfuir. "Depuis, j’ai peur tous les jours, comme tous mes collègues. J’ai un ami qui part faire ses livraisons avec un couteau dans la poche". "Chypre, ce n’est pas sûr pour les Noirs, reprend-il. Mais il faut bien travailler". (...)