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Marie-Claude Saliceti
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"Jamais 100% syrienne, ni 100% danoise" : au Danemark, dix ans après leur arrivée, les réfugiés se sentent toujours étrangers
#Danemark #extremedroite #refugie #migrants #immigration
Article mis en ligne le 1er avril 2026
dernière modification le 27 mars 2026

En 2015, quelque 10 800 Syriens sont arrivés au Danemark pour fuir la guerre qui ravageait leur pays. Onze ans plus tard, selon les données danoises, environ 45 000 Syriens vivent dans le pays. L’immense majorité y est installée durablement, parle danois et a un emploi. Mais le durcissement des politiques danoises sur l’immigration menace sans cesse de remettre en question tous leurs efforts d’intégration.

(...) Michala Bendixen ne décolère pas face aux discours de plus en plus hostiles à l’immigration des politiques danois. Il y a 20 ans, cette graphiste a commencé à s’intéresser à la question de l’asile et a fondé l’association Refugees Welcome, aujourd’hui une référence de l’aide légale pour les migrants. (...)

À la veille des élections législatives du 24 mars, en gilet et jean gris, devant l’immense bibliothèque de son appartement de Copenhague, elle fait le constat que l’extrême droite danoise parvient encore à imposer dans le débat des idées de plus en plus radicales. "Le Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti), a toujours eu cette stratégie qui consiste à dire quelque chose qui semble extrême et absurde et qui n’est en réalité même pas possible, mais qui repousse sans cesse les limites de ce qui est considéré comme normal", souligne-t-elle.

"Ils ont vraiment trouvé le point faible des réfugiés qui consiste à les maintenir constamment dans cet état de stress où ils ne savent pas de quoi sera fait leur avenir [...] Pour des gens qui ont déjà tout perdu et dû tout reconstruire, c’est impossible de se dire qu’il va falloir tout recommencer", s’indigne-t-elle.
Déni de démocratie

D’autant plus que de nombreux réfugiés syriens au Danemark n’ont plus aucune famille en Syrie. Pour eux, leur avenir est ici. Mais les changements réguliers de la loi sur les conditions d’obtention d’un titre de séjour permanent éloignent à chaque fois un peu plus les possibilités d’installation durable.

"Quand je suis arrivé, il était possible d’obtenir un permis de résidence permanente en faisant des études ici. Mais cela a changé et maintenant il faut avoir travailler à temps plein au moins trois ans et demi après la fin de ses études pour pouvoir y prétendre", dénonce Agob Yaqoub, de l’association Finjan, qui a fait des études avant de devenir travailleur social. (...)

À cela s’ajoutent de nombreux autres critères pour obtenir la résidence permanente. "Vous devez vivre au Danemark depuis au moins huit ans, avoir un certain niveau en danois, ne pas avoir de dettes ni de condamnation en justice", énumère Eva Singer, du Danish refugee council.

Des critères qui éloignent de facto un certain nombre de réfugiés, notamment les personnes peu lettrées. Or, sans l’obtention de ce permis de résidence permanente, impossible d’obtenir un jour la nationalité danoise et donc de voter aux élections nationales.

"Nous sommes clairement confrontés à un problème démocratique car une part croissante de la population ne peut pas voter aux élections. Or, il s’agit de personnes qui resteront au Danemark, qui y vivent, qui y travaillent, qui paient des impôts. Mais elles n’ont aucune influence au niveau politique", déplore Eva Singer. (...)