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l’Humanité
« Il s’est mis à me masturber » : d’anciens élèves du collège privé catholique Moncade à Orthez dénoncent des violences sexuelles et physiques
#Orthez #enseignementprive #Moncade #viols #agressionssexuelles #maltraitances
Article mis en ligne le 29 août 2025
dernière modification le 26 août 2025

Après des décennies de silence, des anciens élèves témoignent pour la première fois dans l’Humanité de violences sexuelles et physiques endurées entre 1977 et 1984 dans l’établissement privé catholique Moncade, à Orthez, dans les Pyrénées-Atlantiques.

L’ancien élève, aujourd’hui âgé de 62 ans, a mal au ventre, il peine à respirer lorsqu’il fait le récit de cette soirée de 1977, pendant ce séjour à la montagne organisé à Lescun par le collège privé catholique Moncade d’Orthez (Pyrénées-Atlantiques).

Allongé à côté d’Alain Pinarel sur le lit de fortune, le surveillant aurait déshabillé l’enfant, sans prévenir. « L. s’est mis à me masturber », affirme aujourd’hui le sexagénaire. L’encadrant aurait ensuite pris la main du collégien pour qu’il en fasse autant, durant plus d’une heure. « J’obéissais de façon mécanique », raconte-t-il. Jean-Louis L. lui aurait ensuite demandé de se coucher sur le ventre, pour « frotter son sexe » contre les fesses de l’enfant.
« Je me suis mis à me méfier de tout le monde »

Quelques mois plus tard, une seconde agression serait survenue, selon Alain Pinarel, lors d’un week-end à Bielle (Pyrénées-Atlantiques), en présence d’un autre adolescent. Lorsque la mère de l’élève lui rend visite les mercredis, il s’effondre systématiquement en larmes. Mais après ces deux épisodes, le collégien garde le silence.

Ces événements, assure-t-il d’une voix tremblante, l’ont profondément changé : « Je me suis mis à me méfier de tout et de tout le monde. Je suis devenu un peu asocial. » (...)

Devant son poste de télévision, en février 2025, Alain Pinarel dit avoir ressenti un déclic. Les victimes de l’établissement Notre-Dame de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques) se confient alors sur les violences physiques et sexuelles subies des années durant dans l’établissement privé catholique. Encouragé par cet exemple, il décide de briser des décennies de secret, en se livrant à son épouse. Avec en tête une nouvelle certitude : « La honte n’est pas de mon côté, finalement. »
Coups de poing, tabassages…

Alain Pinarel évoque un autre surveillant général, qu’il qualifie d’« alcoolique notoire ». En public, celui-ci aurait distribué de « grosses baffes ». En privé, il serait allé plus loin : coups de poing, tabassages… (...)

Ce témoignage fait écho à ceux de deux autres anciens élèves de l’établissement catholique, Vincent Larsen et Pierre*. Pour la première fois, ils livrent à l’Humanité des récits qui dépeignent un climat de violence généralisée entre 1977 et 1984.

Tous deux confirment avoir assisté à des scènes de violence de la part de cet encadrant. Ces trois anciens élèves accusent aussi le directeur de l’époque, l’abbé A., d’avoir à plusieurs reprises frappé des élèves à coups de « bouffes » (de grosses baffes NDLR).

« On n’avait personne à part nous-mêmes », déplore Pierre à propos de ces années de collège. Arrivé en 1980 en demi-pension, l’élève de 12 ans se serait vu régulièrement imposer des « confessions obligatoires individuelles » durant ses années de sixième et de cinquième dans le bureau de l’économe, l’abbé H. Le religieux l’aurait installé sur ses genoux, le tenant « fermement » pour lui « caresser les cuisses ».

« Ça me répugnait » (...)

Le jeune garçon se confie alors à sa mère, qui demande un rendez-vous au directeur, l’abbé A. Ce dernier aurait justifié les violences, arguant de la discipline à imposer à des enfants nombreux, rapporte l’ancien élève. Quant aux mains dans le caleçon de l’enfant… « Tu as dû rêver », aurait-il répondu au jeune Vincent.

Le directeur aurait exigé de lui qu’il répète ses propos devant celui qu’il accuse de l’avoir agressé. Terrifié, le collégien se serait tu. À la fin de l’année, sa mère décide de lui faire quitter l’internat. Mais il reste scolarisé dans l’établissement. « Aucun crédit n’a été donné à mes propos », regrette l’ancien élève. (...)

« Que ce qu’on m’a fait soit entendu »

Jean-Louis L. a été condamné en 2003 pour agressions sexuelles sur un autre élève du collège Moncade. Le conseiller principal d’éducation a reconnu avoir emmené l’un de ses élèves, « âgé de 13 ans, d’abord à Poitiers, pour visiter le Futuroscope, puis à Royan (Charente-Maritime) », raconte le quotidien Sud Ouest.

« Il conduisit le collégien dans son appartement, lui projeta des films à caractère pornographique et lui fit subir les agressions sexuelles qui lui ont valu d’être écroué à la maison d’arrêt de Pau », poursuit le quotidien régional, en précisant que Jean-Louis L. aurait également fréquenté l’établissement Moncade en tant qu’élève. Là, l’agresseur aurait, « selon ses dires, lui-même été victime, enfant » , de faits de pédocriminalité « identiques à ceux qu’on lui reproche ».

N’ayant trouvé, à l’époque, aucune oreille attentive à qui se confier, Pierre doit porter ce secret. « On essayait de se défendre mais comment pouvait-on faire ? Tout ce qu’ils nous ont enseigné, c’est se méfier, détester les adultes, et surtout ne jamais avoir confiance en eux. » Et d’assurer, aujourd’hui, avoir une seule attente : « Que ce qu’on m’a fait soit entendu. » (...)

Les faits d’agression sexuelle sur mineur évoqués ici sont prescrits.