À Gaza comme en Cisjordanie, Médecins du monde, aux côtés d’autres ONG, risque de suspendre ses activités après le refus israélien de renouveler ses accréditations. Cette décision menace l’accès des Palestiniens à l’aide vitale, tandis que les États européens restent passifs. Elle s’inscrit dans un projet plus large de fragmentation et de dépolitisation de Gaza, jusqu’à l’horizon d’une « Riviera ». Entretien avec Jean-François Corty, médecin et président de Médecins du monde. Propos recueillis par Armin Messager.
Fin de décembre 2025, 37 ONG internationales se sont vu refuser le renouvellement de leur accréditation par les autorités israéliennes Elles s’ajoutent aux 22 autres déjà refusées
Cela signifie qu’à compter de mars 2025, elles ne disposeront plus du cadre légal nécessaire pour opérer. Il ne s’agit pas d’un départ immédiat, mais d’une mise à l’arrêt administrative progressive.
Ces ONG travaillaient déjà dans des conditions extrêmement contraintes. (...)
Elles avaient déjà dû se déplacer au gré des bombardements et des déplacements forcés de la population, tandis que l’acheminement de l’aide était entravé par des blocages de matériel, la fermeture des points de passage et la « ligne jaune » mouvante imposée par l’armée israélienne, qui a annexé de fait 53 % du territoire gazaoui. Le refus de renouvellement des accréditations ne fait donc qu’officialiser la fermeture progressive de l’espace humanitaire. (...)
Les organisations autorisées à rester sont, pour beaucoup, issues de réseaux évangéliques étasuniens ou non critiques de l’action israélienne. (...)
En Cisjordanie, la logique est la même : MDM sera expulsée à la fin du mois de février 2025. Là-bas aussi, le quotidien des ONG est devenu infernal (...)
Un nombre historique d’enfants orphelins et handicapés
Ces expulsions produisent des effets immédiats et catastrophiques sur la survie de la population. Les organisations menacées ou déjà refusées assuraient près de 40 % du système de santé encore fonctionnel dans l’enclave. Leur retrait signifie la disparition de centaines de milliers de consultations de médecine générale et de dizaines de milliers d’actes chirurgicaux, dans un territoire où les infrastructures hospitalières ont été en grande partie détruites.
La mortalité reste élevée (...)
Gaza concentre aujourd’hui une tragédie infantile d’une ampleur inédite. En février 2024, après seulement quatre mois de bombardements, le nombre d’enfants tués y dépassait déjà celui de l’ensemble des conflits mondiaux cumulés sur les quatre années précédentes. Les estimations actuelles évoquent environ 80 000 morts — un bilan que je pense être largement sous-évalué. Parmi eux, 82 % sont des civils, majoritairement des femmes et des enfants. (...)