Un collègue, rédacteur en chef d’un média très lu qui s’est concentré sur Gaza pendant les deux années du génocide, a récemment exprimé sa frustration quant au fait que Gaza ne soit plus au centre de l’actualité.
Il n’avait guère besoin de le dire. Il est évident que Gaza a déjà été reléguée à la marge de l’actualité, non seulement par les grands médias occidentaux, connus depuis longtemps pour leur partialité structurelle en faveur d’Israël, mais aussi par des médias souvent décrits, à tort ou à raison, comme « pro-palestiniens ».
(...) Au-delà du bilan quotidien des morts, il y a une dévastation d’une ampleur qui défie le sens. Plus de 71 000 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023, des quartiers entiers ont été rayés de la carte, les infrastructures pulvérisées et la vie civile rendue presque impossible.
Pour saisir l’ampleur de la crise à Gaza, il faut affronter une réalité brutale : plus d’un million de personnes sont toujours déplacées, vivant dans des tentes et des abris de fortune qui s’effondrent sous les tempêtes hivernales, les inondations ou les vents violents.
Des nourrissons sont morts de froid. Des familles sont ballottées d’un refuge temporaire à l’autre, prises au piège dans un cycle d’exposition et de peur.
Sous les ruines de Gaza gisent des milliers de corps encore ensevelis sous les décombres, inaccessibles en raison de la destruction par Israël des engins lourds, des routes et des services d’urgence. On estime que des milliers d’autres sont enterrés dans des fosses communes en attendant d’être exhumés et enterrés dignement.
Pendant ce temps, des centaines de corps restent éparpillés dans les zones situées à l’est de la soi-disant ligne jaune, une frontière censée séparer les zones militaires des « zones de sécurité » palestiniennes. Israël n’a jamais respecté cette ligne. Elle était fictive dès le départ, utilisée pour donner l’impression d’une certaine retenue alors que la violence continuait partout.
Du point de vue d’Israël, la guerre n’a jamais vraiment cessé. (...)
Les tueries ont simplement ralent (...)
Aujourd’hui, plus de deux millions de Palestiniens sont confinés sur environ 45 % des 365 kilomètres carrés déjà minuscules de Gaza, avec seulement quelques miettes d’aide qui entrent, aucun accès fiable à l’eau potable et un système de santé qui fonctionne à peine.
L’économie de Gaza est pratiquement anéantie. Même les pêcheurs sont soit totalement bloqués en mer, soit limités à moins d’un kilomètre au large, transformant un moyen de subsistance vieux de plusieurs siècles en un risque quotidien de mort.
L’éducation a été réduite à une question de survie. Les enfants étudient dans des tentes ou dans des bâtiments partiellement détruits (...)
Israël cherche à préserver l’option du nettoyage ethnique. De hauts responsables ont ouvertement préconisé l’occupation permanente, « l’ingénierie démographique » et le refus du retour des Palestiniens dans leurs zones détruites à l’est de la ligne jaune.
Et les médias ?
Pour leur part, les médias occidentaux ont commencé à réhabiliter l’image d’Israël, le réinsérant dans les discours mondiaux comme si l’extermination collective n’avait jamais eu lieu. Plus troublant encore, même une partie des médias dits « pro-palestiniens » semblent passer à autre chose, comme si le génocide était une mission temporaire plutôt qu’une urgence morale permanente.
On pourrait tenter de justifier cette négligence en invoquant les crises ailleurs : au Venezuela, en Iran, au Yémen, en Syrie, au Groenland. Mais cet argument s’effondre à moins que Gaza ne soit véritablement sortie de la catastrophe, ce qui n’est pas le cas.
Israël a réussi, à un degré dangereux, à déshumaniser systématiquement les Palestiniens par des massacres. Une fois que la violence atteint des proportions génocidaires, une violence moindre, mais toujours mortelle, devient normale.
La mort lente des survivants devient un bruit de fond. (...)
Le silence aujourd’hui n’est pas de la neutralité, c’est de la complicité.