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Marie-Claude Saliceti
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Syndicalistes
Face à la menace de l’extrême droite, des finances syndicales bien fragiles
#syndicats
Article mis en ligne le 21 mars 2026
dernière modification le 15 mars 2026

Alors que la menace fasciste se fait toujours plus pressante, les ressources des syndicats de luttes proviennent toujours majoritairement de l’extérieur : dialogue social, subventions… autrement dit, de fonds qu’un pouvoir politique hostile pourrait fermer d’un claquement de doigts. Nos organisations se trouvent donc dans une situation de grande vulnérabilité financière, et pourtant cela n’a pas l’air d’y préoccuper grand-monde, alors même que nous faisons de la lutte contre l’extrême droite un axe central de notre action.

Le cas de la CGT métallurgie

Prenons un premier exemple, avec une fédération CGT, celle de la métallurgie. C’est un exemple qui n’est pas « extrême » : c’est une fédération qui fonctionne mieux que d’autres, qui n’est pas paralysée par des dysfonctionnements internes, etc. Ses effectifs se maintiennent autour de 50 000 adhérent⋅es depuis 2020 (avec une légère hausse, notamment grâce à la dynamique de la lutte contre la réforme des retraites de 2023 qui a engendré suffisamment d’adhésions pour compenser les départs) [1]. Mais cette relative bonne santé, qui n’est maheureusement pas générale dans la CGT, est à nuancer avec deux constats : l’absence d’indépendance financière et la faiblesse du taux moyen de la cotisation payée par les adhérent⋅es.

Cette fragilité financière se mesure par la part du budget financé par les cotisations syndicales : cette part est passée de 26 % en 2020 à 25 % en 2022, puis à 23 % en 2023. (...)

Ce faible taux d’indépendance financière (qui est dans la moyenne des organisations syndicales en France) est inquiétant, mais il est tout aussi inquiétant de voir que la fédération pense que le problème pourrait être réglé par un simple petit effort de quelques pourcents.

Deux facteurs d’explication (...)

La baisse des adhésions (...)
Le poids des financements extérieurs, dans l’autre sens, n’incite pas à développer les adhésions, particulièrement dans certaines fédérations CGT (...)
dans une organisation dont la survie dépendrait de ses adhérent⋅es, l’accueil de celles-ci et ceux-ci serait une priorité, de même que péréniser leur adhésion, etc.

Le taux de cotisation (...)

l n’est certes pas toujours facile de convaincre les adhérent⋅es de payer plus… mais le meilleur moyen d’y arriver est encore de concentrer nos dépenses sur des choses qui leurs sont directement utiles, qui améliore directement leurs conditions de vie, de la défense juridique individuelle à l’appui aux luttes collectives.

Même la CFDT s’y met

À la CFDT, le problème est le même, et il est identifié en des termes clairs (...)

Il faut agir sans tarder (...)

Et au-delà des syndicats, à la CGT comme à Solidaires, ce sont les structures à tous les niveaux (UD, fédérations, Confédération ou Union…) qui dépendent majoritairement de ressources extérieures (y compris dans le public, où il y a moins d’argent mais des droits en temps syndical) pour leur fonctionnement quotidien. Tant que ça tient… on préfère détourner le regard. Et au-delà de la ritournelle de « il faut atteindre le 1 % statutaire » (pour la CGT, car la question est quasiment complètement absente à Solidaires), rien de sérieux n’est mis en place pour prendre le problème à bras-le-corps.

Le sujet se pose de manière identique sur les locaux syndicaux, donc beaucoup sont menacés. On pourra sur ce thème appliquer au syndicalisme les réflexions d’un fond associatif créé au Pays basque pour péréniser les locaux de lutte :

Posséder nos outils de lutte (et s’assurer que leur usage ne soit jamais détourné) est un objectif capital pour assurer la pérennité de nos mouvements. Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte général marqué par une diminution des soutiens au secteur associatif et le risque de l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir, dont on imagine bien qu’il cherchera à entraver autant qu’il le pourra notre capacité à nous organiser, à résister et à peser. Ne pas dépendre de locaux qui pourraient nous être confisqués, disposer de lieux et de moyens pour former une nouvelle génération de militants, pour fabriquer du matériel, pour nous réunir : autant d’acquis qui permettent de tenir plus solidement les digues face aux vagues réactionnaires. Objectif capital, donc, mais laborieux dans un contexte de diminution déjà palpable des subventions publiques et privées. [4]

Il y a un certain paradoxe à dénoncer le danger de l’extrême-droite pour le syndicalisme, le durcissement du patronat privé comme public à l’égard de nos organisations, les cas de municipalités qui s’attaquent aux conditions très avantageuses des locaux syndicaux (Bourses du travail)… tout en faisant comme si nos ressources qui proviennent de l’extérieur étaient gravées dans le marbre et ne risquaient pas de disparaître brutalement dans les prochaines années. L’antifascisme syndical, c’est aussi se préparer au pire, un pire qui est déjà là dans des municipalités de plus en plus nombreuses. Et notre responsabilité, c’est de mettre en œuvre des réactions fortes pour garantir la pérennité du fonctionnement de nos syndicats même en contexte autoritaire : limitation du gaspillage de dépenses en évitant les tâches faites en doublon, augmentation des cotisations et donc de l’autonomie financière… (...)