Aux États-Unis, l’administration Trump multiplie les arrestations de familles immigrées, y compris d’enfants parfois très jeunes. En quelques mois, le nombre de mineurs arrêtés et détenus par la police de l’immigration ICE a explosé, au mépris des protections juridiques existantes.
À dix ans, le quotidien d’Elizabeth Zuna Caisaguano devrait se résumer aux bancs de son école primaire, dans la banlieue de Minneapolis. À la place, la fillette a passé près d’un mois enfermée à plus de 1 500 kilomètres de ses camarades de classe. Libérée mardi 3 février d’un centre de rétention au Texas, son histoire illustre le durcissement des opérations de la police de l’immigration américaine (ICE).
C’est le 6 janvier dernier que le quotidien de la fillette bascule. Alors qu’elle se rend à l’école avec sa mère à Columbia Heights, des agents fédéraux les interceptent. La famille, originaire d’Équateur, est en attente d’une décision concernant une demande d’asile. Un détail administratif qui n’a pas pesé lourd : quelques heures plus tard, mère et fille sont transférées vers le centre de Dilley, au Texas, un complexe sécurisé dédié à la rétention des familles.
Leur cas n’est pas isolé (...)
170 enfants détenus chaque jour (...)
Partout dans le pays, les témoignages d’arrestations d’enfants se multiplient (...)
Selon une analyse du média indépendant The Marshall Project, au moins 3 800 mineurs ont été placés en détention par l’ICE depuis le début du second mandat de Donald Trump, dont une vingtaine de nourrissons. (...)
Les chiffres du département de la Sécurité intérieure confirment cette tendance : la population moyenne des centres de détention familiale est passée de 425 personnes en octobre 2025 à plus de 1 300 en janvier 2026, en seulement trois mois.
À Dilley, les conditions de rétention inquiètent les proches et les associations. Une épidémie de rougeole y a été signalée. (...)
Des protections juridiques de plus en plus contournées (...)
Des documents judiciaires font état de conditions de détention alarmantes à Dilley : nourriture avariée, eau imbuvable, absence d’activités pour les enfants, détresse psychologique. Certains parents décrivent des enfants qui se frappent le visage, s’isolent ou recommencent à s’uriner dessus. (...)
Pour Kristin Kumpf, coordinatrice de la Coalition nationale contre la détention des familles, l’issue est prévisible : "Ce n’est qu’une question de temps avant qu’un enfant ne meure à Dilley ou dans un autre centre." (...)
Le 28 janvier, le représentant démocrate du Texas, Joaquin Castro, a visité le centre. Parmi les 1 100 détenus, il a vu un nourrisson de deux mois. "Ils sont littéralement traités comme des prisonniers. C’est une machine monstrueuse", dénonce-t-il dans une vidéo diffusée en direct sur ses réseaux sociaux.
Ouvert en 2014 sous l’administration Obama avec une capacité de 2 400 détenus, le centre de Dilley avait été fermé sous Joe Biden, qui avait largement mis fin à la détention des familles dès 2021. Mais Donald Trump a relancé cette pratique dès son retour à la Maison Blanche, promettant "la plus grande opération d’expulsion de l’histoire", avec un objectif d’un million de renvois par an.
En mars, Dilley a ainsi rouvert ses portes et est redevenu le principal site de rétention familiale du pays. (...)
"Beaucoup de protections ont été démantelées au profit d’un système punitif."
La peur comme stratégie
Pour remplir les objectifs de l’administration Trump, l’ICE intensifie ses opérations. À Minneapolis, Los Angeles ou Chicago, des agents fédéraux masqués multiplient les arrestations en pleine rue, aux arrêts de bus ou près des magasins de bricolage. Résultat : des familles se terrent.
Dans les écoles, les effets sont visibles. "Des enfants manquent à l’appel", observe Mandi Jung, enseignante à Saint Paul, ville jumelle de Minneapolis. Dans l’une de ses classes, les effectifs sont passés de 30 élèves à une douzaine. "Les enfants blancs viennent à l’école. Les élèves noirs et métis restent à la maison."
Face aux centaines de demandes de familles inquiètes, la directrice des écoles publiques de la ville a instauré un enseignement en ligne (...)
Pour exiger que les agents fédéraux se tiennent à l’écart des établissements scolaires, un collectif d’enseignants du Minnesota a saisi mercredi la justice. (...)
Pendant ce temps, l’administration Trump maintient le cap. Le gouvernement prévoit d’acheter et de transformer jusqu’à 23 entrepôts industriels en nouveaux centres de détention, dont certains avec des logements familiaux. (...)