(...) Ce qui m’interpelle aujourd’hui, ce n’est pas tant que les adversaires de Trump invoquent le Troisième Reich — le discours critique, d’opposition, le fait régulièrement et non sans arguments — mais que certains des acteurs MAGA eux-mêmes revendiquent une filiation explicite avec le nazisme, dans leur langage, leur rhétorique, leur phraséologie, voire leur apparence. Cela va jusqu’à la coupe de cheveux et au port de l’uniforme. L’exemple de Gregory Bovino, officier du DHS et de l’ICE, est frappant : il adopte les codes visuels de la SA, et les affiche avec fierté.
Cela signifie une chose : pour une partie de l’extrême droite américaine contemporaine, le Troisième Reich est valorisé, admiré, perçu comme un modèle. Ce n’est pas une simple ignorance historique, mais une adhésion partielle ou totale à l’imaginaire que les nazis ont su construire autour d’eux. Cette autoscénarisation nazie — délibérée — a été pensée pour inscrire une forme de mythe nazi dans la longue durée.
Goebbels le dit dans sa dernière conférence de presse, fin avril 1945 : « Nous allons mourir, mais nous vivrons pendant mille ans. » Le régime n’a pas duré mille ans, mais le mythe, lui, a bien survécu. Et il infuse aujourd’hui certains imaginaires politiques.
On assiste à une transmission mémorielle active, souvent déformée. Des figures comme Elon Musk ou Steve Bannon ont fait des saluts nazis, tenu des propos ou relayé des symboles directement issus de cette culture politique.
Le Troisième Reich est devenu une référence centrale, y compris dans les discours de certains agents fédéraux ou figures médiatiques proches de l’extrême droite. (...)
le révisionnisme, au sens strict : il s’agit de réviser et de modifier l’histoire du nazisme, en prétendant que celui-ci serait de gauche, pour faire porter la culpabilité sur autre chose que la droite et l’extrême droite.
D’autres révisionnismes sont aussi à l’œuvre ; certains disculpent Hitler de la Shoah en incriminant le grand mufti de Jérusalem. Ce sont des propos qu’on peut entendre du côté de l’extrême droite israélienne, y compris dans la bouche de Benyamin Netanyahou. Le gouvernement fédéral allemand lui-même avait dû intervenir pour réfuter ces atrocités.
De manière générale, tous valorisent la vertu patriotique, les qualités techniques ou organisationnelles du régime, en minorant sa violence structurelle. (...)
Comme je l’ai montré dans Les Irresponsables, l’arrivée d’Hitler à la chancellerie résulte d’un calcul des forces conservatrices, en particulier de von Papen, qui estime que face à la montée continue de la gauche, surtout des communistes, une alliance avec l’extrême droite est stratégiquement préférable.
Lorsque le gouvernement Hitler est formé en janvier 1933, les nazis y occupent une place en réalité très limitée. (...)
L’idée que la violence est l’accoucheuse de l’Histoire n’est pas propre aux nazis, mais eux se l’approprient complètement. À leurs yeux, la violence est légitime parce que leurs adversaires de gauche, en la condamnant ou en s’en distanciant, se montrent hypocrites — et sont eux-mêmes violents.
Le discours nazi est très lamentatoire, lacrymal. C’est une constante à l’extrême droite : les nazis se posent en victimes, en persécutés, qu’on a cherché à exterminer. Ils mobilisent le vocabulaire de la juste vengeance, du juste retour des choses — ce que Trump, aujourd’hui, appellerait retribution. Pour eux, les autres pensent la même chose mais s’en cachent ; eux l’assument et la mettent en actes. (...)