Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
là-bas si j’y suis
Espionnage, piratage et intimidation : la « guerre » menée depuis neuf ans par Israël contre la CPI révélée au grand jour
#israel #palestine #Hamas #Cisjordanie #Gaza #CPI
Article mis en ligne le 2 juin 2024
dernière modification le 31 mai 2024

Les mandats d’arrêt lancés par le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI) le 20 mai dernier contre les dirigeants d’Israël et du Hamas ont soulevé la furie de Netanyahou et de tous ses soutiens, de Biden à Meloni et de BHL à Marion Maréchal.

Pas de doute pour Netanyahou, c’est « le nouvel antisémitisme ». Il crie son « dégoût de la comparaison entre l’Israël démocratique et les assassins de masse du Hamas ». Sur LCI le 30 mai, il pousse le bouchons " C’est comme le procès de Nuremberg. C’est comme si on mettait De Gaulle et Churchill face aux allemands". Ou bien encore il se voit en victime " C’est comme l’affaire Dreyfus (...) On brûlait des Juifs au moyen-âge, Staline a déclenché des procès contre des médecins juifs, il y a bien sûr les nazis et maintenant c’est une nouvelle attaque."

Une colère qui confirme un combat acharné.

Depuis des années, Israël met tous ses moyens en œuvre pour contrecarrer la CPI. Mais on ne mesurait pas à quel point. Aujourd’hui une enquête détaillée révèle toutes les pressions et les coups tordus mis en œuvre par Israël contre la CPI, jusqu’à des menaces contre Fatou Bensouda, procureure de la CPI de 2012 à 2021.

Nous vous en proposons une traduction complète. (...)

Depuis des mois, le chef de l’État hébreu exerce toutes les pressions possibles pour empêcher le procureur de lancer son mandat d’arrêt. Il a fait une campagne intense vers l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis. Il a demandé à Washington de faire pression sur les pays des trois juges qui devront valider, ou non, les mandats d’arrêts. Il a aussi menacé de punir l’Autorité palestinienne. Israël contrôle en effet tous les transferts financiers vers l’Autorité palestinienne, ce qui entraînerait l’effondrement de ce qui reste du pouvoir palestinien. (...)

Lorsque le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé qu’il demandait des mandats d’arrêt contre des dirigeants d’Israël et du Hamas, il a lancé un avertissement sibyllin : « j’insiste sur le fait que toutes les tentatives d’entrave, d’intimidation ou d’influence indue sur les fonctionnaires de cette cour doivent cesser immédiatement ».

Karim Khan n’a pas donné de détails précis sur les tentatives d’entrave des travaux de la CPI, mais il a rappelé qu’une clause du traité fondateur de la cour faisait de toute ingérence de ce type une infraction pénale. « Si ce comportement se poursuit », a-t-il ajouté, « mon bureau n’hésitera pas à agir ».

Le procureur n’a pas précisé qui avait tenté d’intervenir dans le fonctionnement de la justice, ni comment il l’avait fait.

Aujourd’hui, une enquête menée par le gouvernement Guardian et les magazines israéliens +972 et Local Call révèle comment Israël a mené une « guerre » secrète de près de dix ans contre la cour. Le pays a déployé ses agences de renseignement pour surveiller, pirater, faire pression, diffamer et – d’après ce qui est dit – menacer le personnel de la CPI dans le but de faire dérailler les enquêtes de la cour.

Les services de renseignement israéliens ont intercepté les communications de nombreux fonctionnaires de la CPI, dont M. Khan et sa prédécesseure au poste de procureur, Fatou Bensouda, en interceptant des appels téléphoniques, des messages, des courriels et des documents.

La surveillance s’est poursuivie au cours des derniers mois, permettant au premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, de connaître à l’avance les intentions du procureur. (...)

Les détails de la campagne menée depuis neuf ans par Israël pour contrecarrer l’enquête de la CPI ont été révélés par le Guardian, une publication israélo-palestinienne, +972 Magazine et Local Call, un média en hébreu.

L’enquête conjointe s’appuie sur des entretiens avec plus de deux douzaines d’officiers de renseignement et de responsables gouvernementaux israéliens, anciens et actuels, de hauts responsables de la CPI, de diplomates et d’avocats connaissant bien la CPI et les efforts déployés par Israël pour l’attaquer.

Contacté par le Guardian, un porte-parole de la CPI a déclaré être au courant des « activités proactives de collecte de renseignements menées par un certain nombre d’agences nationales hostiles à la cour ». (...)

Depuis sa création en 2002, la CPI sert de cour permanente de dernier recours pour la poursuite de personnes accusées de certaines des pires atrocités commises dans le monde. Elle a inculpé l’ancien président soudanais Omar Al-Bachir, le défunt président libyen Mouammar Kadhafi et, plus récemment, le président russe Vladimir Poutine.

La décision de M. Khan de demander des mandats d’arrêt contre M. Netanyahou et son ministre de la défense, Yoav Gallant, ainsi que contre des dirigeants du Hamas impliqués dans l’attentat du 7 octobre, marque la première fois qu’un procureur de la CPI demande des mandats d’arrêt contre le dirigeant d’un proche allié occidental. (...)