
Mars 2022. Un village ukrainien séquestré par l’armée russe dans le sous-sol d’une école. Un an après, Roman Blazhan filme avec rigueur les tentatives de retour à la normale. Un document historique.
Noir intégral. Le sous-sol insalubre d’une école. Quatre cents personnes entassées dans 198 mètres carrés. Vingt-sept jours de captivité. Jusqu’à l’asphyxie. À l’arrivée, une dizaine de morts. C’est dans ces conditions effroyables que l’armée russe séquestra les habitants de Yahidne, bourgade située entre Kiev et la frontière biélorusse, en mars 2022, au moment de l’offensive avortée sur la capitale ukrainienne. Repoussés, les Russes quittèrent leur camp de retranchement le 31 mars. Un an après, le réalisateur ukrainien Roman Blazhan a posé sa caméra à Yahidne.
Le village est resté debout ; les âmes, elles, sont en ruine mais l’espoir d’un avenir meilleur fait vivre. Le film en rend compte à merveille. Ravivée par les lectures du journal de captivité d’une habitante, la mémoire du crime s’incarne dans les témoignages poignants des villageois, inscrits dans un quotidien où le retour à la normale est simulé. (...)
le film sur ARTE (78 min Disponible jusqu’au 07/07/2025)
(...) Puzzle recomposé
Devant la caméra de Roman Blazhan, Olha lit des pages de son journal et ses concitoyens complètent son récit. Valérivna, alias "la sorcière", une petite dame costaude qui ne s’est pas démontée face aux Russes, révèle, sourire en coin, les sorts terrifiants qu’elle a prétendu jeter aux geôliers pour obtenir du pain. Un vieil homme à la moustache grisonnante dit préférer aller de l’avant pour retrouver "la joie" que lui ont volée cette expérience terrible et cette guerre qui n’en finit pas. En laissant remonter à la surface cette douleur à vif, les villageois s’attachent à construire une sorte de mémoire collective de l’événement, comme s’ils assemblaient les pièces d’un puzzle pour recomposer les images qui les hantent. Véritable laboratoire du souvenir, le film entrelace avec finesse les mots et les images, le passé et le présent, la vie qui reprend son cours et le traumatisme enfoui dans ce sous-sol obscur.