La militante tunisienne antiraciste Saadia Mosbah a été condamnée à huit ans de prison et 100 000 dinars d’amende (environ 30 000 euros) dans un jugement rendu jeudi soir. Les avocats n’ayant pas encore eu accès au détail du jugement, il est difficile de connaître les motifs de la condamnation mais elle était jugée sur la base d’accusations de malversations financières.
(...) La condamnation à huit ans de prison a été prononcée jeudi 19 mars, après les plaidoiries des avocats qui avaient pourtant démontré l’innocence de la militante de 66 ans sur les questions de blanchiment d’argent et de malversations financières, pour lesquelles elle est emprisonnée depuis presque deux ans. (...)
Saadia Mosbah avait été en première ligne pour défendre les migrants provenant d’Afrique subsaharienne, après un virulent discours en février 2023 du président tunisien Kaïs Saïed, dans lequel il dénonçait l’arrivée de « hordes de migrants clandestins » et un complot « pour changer la composition démographique » du pays.
Coup dur pour la société civile (...) .
Dans un communiqué publié vendredi 20 mars, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) a quant à lui dénoncé avec « la plus grande fermeté » la condamnation de Saadia Mosbah. Cette décision « s’apparente à une condamnation politique, dans un contexte marqué par des dérives autoritaires », écrit notamment celui-ci.
Huit autres membres de l’association Mnemty, fondée par Saadia Mosbah, sont passés devant le juge jeudi. Le fils de la militante, Fares, a écopé d’une peine de trois ans ferme et une militante a été condamnée à deux ans. Trois autres membres ont bénéficié d’un non-lieu.
Mais le verdict contre Saadia Mosbah est aussi un coup dur pour la société civile. Travaillant sur la défense des droits des migrants, plusieurs défenseurs des droits humains rassemblés devant le tribunal hier matin ont dénoncé un dossier vide et réclamé sa libération.
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