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RFI
En Iran, les médecins sous pression se battent pour les blessés malgré la peur
#Iran #manifestations #repression #revolution
Article mis en ligne le 21 janvier 2026

Sur le pied de guerre depuis le début des manifestations qui ont secoué le pays, les médecins iraniens témoignent d’un massacre d’une violence inouïe. Menacés par les forces de sécurité du régime et sous pression, ils continuent néanmoins de soigner les blessés, parfois de manière clandestine.

Les témoignages de médecins iraniens qui filtrent depuis le début du black-out des communications font état de nombreux blessés à la tête, au cou et à la poitrine, avec des armes de guerre. « Dans tous les pays, on dit aux policiers qui apprennent à réprimer de tirer dans les jambes et d’éviter les parties "nobles" et les organes fonctionnels, comme l’abdomen, le thorax, la tête. Or, quand vous avez énormément de personnes blessées à ces endroits-là, il est clair qu’il y avait une volonté de tuer », analyse le professeur Nozar Aghakhani, neurochirurgien franco-iranien à l’hôpital Bicêtre, près de Paris.

Les chiffres des victimes de la répression ne cessent en effet d’augmenter et, selon un rapport d’un réseau de médecins iraniens publié en fin de semaine dernière par le journal britannique The Sunday Times, le nombre de blessés dépasserait les 330 000.
Tirs directs à l’œil

Parmi les atrocités commises, « les forces de l’ordre ciblaient directement les yeux et les médecins ont dû retirer des centaines et des centaines d’yeux », rapporte depuis Londres le docteur Shahram Kordasti, en contact avec ses pairs en Iran. Selon le rapport publié par le Sunday Times, la clinique ophtalmologique Noor a recensé à elle seule environ 7 000 blessures oculaires. (...)

« Dès le premier jour des manifestations, les hôpitaux étaient bondés. (…) Les deux premiers soirs après la coupure internet, les salles d’opération des hôpitaux ressemblaient à des champs de bataille », a-t-il ajouté.

Infirmier dans deux hôpitaux de la capitale iranienne, il décrit un véritable massacre et affirme que seul le personnel médical a été témoin de l’ampleur des pertes : « Beaucoup d’Iraniens ignorent encore ce qui s’est passé faute de communications et d’informations », explique Vali.

Selon lui, le nombre de morts est bien au-delà des 12 000 estimés jusqu’à présent. (...)

La République islamique parle elle-même sans aucune retenue du nombre de victimes et impute les morts à des « agents étrangers » à la solde des États-Unis et d’Israël. (...)

Les hôpitaux ne sont plus des lieux sûrs

Sous loi martiale, l’Iran vit sous une atmosphère terrifiante (...)

Pour le personnel soignant, il est particulièrement difficile de travailler : le moral est au plus bas. « Ils sont tellement traumatisés qu’ils n’ont même plus envie de travailler. Un chirurgien m’a dit qu’il ne faisait que pleurer et qu’il n’arrivait plus à voir les malades. Ils sont sous pression et c’est psychologiquement très dur pour eux », rapporte le docteur Shahram Kordasti. « On va très mal, on a été témoin de la mort de nombreux blessés », confirme Vali.

Par ailleurs, certains hôpitaux ont été pris d’assaut par les forces de l’ordre, déjà pendant les manifestations (...)

De manière générale, le personnel soignant a été victime de pressions pour délivrer l’identité des blessés, voire a été contraint à ne pas procéder aux traitements. (...)

Le média d’opposition IranWire fait pour sa part état de l’arrestation d’au moins quatre spécialistes, (...)

Étant donné la mainmise des autorités sur les hôpitaux, les blessés ont peur d’être arrêtés et ne se rendent donc plus dans les hôpitaux (...)

les soins s’organisent encore de manière clandestine avec des personnes de confiance : « Nous avons toujours subi des pressions et nous en subirons encore, déclare le soignant. Mais cette fois-ci, cela nous est égal, car nous n’avons aucun avenir sous la République islamique et notre sang ne vaut pas plus que celui de tous ces jeunes tués par le régime », conclut-il.