Le budget adopté lundi prévoit plus de 3000 suppressions de postes d’enseignants à la rentrée 2026. La répartition des pertes est en cours dans les académies. De premières mobilisations émergent à Clermont-Ferrand, Rennes ou encore Mayotte.
Une grève du personnel de l’Éducation nationale a agité ce lundi 2 février l’académie de Clermont-Ferrand face à la suppression annoncée d’une centaine de postes d’enseignants à la rentrée de 2026. « C’est du jamais-vu, c’est une saignée sans précédent », s’est attristé Frédéric Campguilhem, secrétaire académique de la CGT-Éduc’action, auprès de France Bleu. Près de 80 personnes se sont également rassemblées devant le rectorat ce jour-là.
Dans toute la France, les académies sont en train de répartir les pertes de postes et d’heures dans chacun de leurs établissements scolaires à la suite des coupes budgétaires prévues dans le projet de loi finances, adopté lundi 2 février. Au total, 3256 postes doivent disparaîtraient dans l’Éducation nationale à la rentrée 2026. (...)
Le premier degré (écoles maternelles et primaires) est le plus touché, avec 1891 postes supprimés. Dans le second degré (collèges et lycées), 1365 postes doivent être supprimés. Ces chiffres définitifs et leur répartition par académies ont été dévoilés par le ministère aux syndicats fin janvier.
Les académies de Lille, Nantes, Normandie particulièrement touchées (...)
Face à ces réalités, les mobilisations émergent dans plusieurs départements. La semaine dernière, c’est en Ille-et-Vilaine que la FCPE et des syndicats d’enseignants et d’agents territoriaux se sont mobilisés, le 27 janvier. Au total, 239 postes d’enseignants sont supprimés dans leur académie, celle de Rennes. La mobilisation a mis en lumière les fermetures de classe déjà subies cette année.
« On craint beaucoup pour les villages où, déjà, les écoles sont en survie » (...)
« On a besoin de renforts pour l’inclusion, pour les réseaux d’aide spécialisée pour élèves en difficulté, les Rased, qui ont été décharnés ces dernières années. On manque aussi de psychologues scolaires, de postes qui ne sont pas forcément à mettre devant une classe », liste Aurélie Gagnier. (...)
L’allègement des effectifs d’élèves demeure aussi un cheval de bataille. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a mis en avant la moyenne de 21 élèves par classe à la rentrée 2025, « du jamais-vu dans le système éducatif », a-t-il salué au micro de France Info. Mais la responsable syndicale met en garde contre ces moyennes présentées par le gouvernement. « Si en REP ou REP+ on a effectivement parfois des classes à 12, parler en "moyenne" cache le fait qu’on a aussi des classes à 26-27 élèves en CM1-CM2 et parfois en petite section ! » pointe Aurélie Gagnier.
À Mayotte, les enfants ont déjà moins de temps scolaire
Mayotte et la Guyane sont les deux seuls départements épargnés par les suppressions dans le premier degré. La première gagne 82 postes en maternelle et primaire, la seconde 42 postes. Mais la Guyane perd quinze postes dans le second degré, quand Mayotte en gagne quelques-uns.
Malgré cette exception, la situation est mauvaise à Mayotte. En témoigne la mobilisation du personnel de l’éducation dans le département mardi 3 février, à l’appel de trois syndicats (FSU, CGT, CFDT). Un rassemblement s’est tenu devant le rectorat, à Mamoudzou, dans le cadre d’une journée de grève.
Cette grève avait pour but de dénoncer les « établissements scolaires surchargés, dangereux ou délabrés, absence d’eau potable, élèves laissés sans solution de scolarisation, enseignants et AESH [accompagnants d’élève en situation de handicap, ndlr] précarisés, sous-formés et épuisés », a listé la FSU-SNUipp auprès de La 1re FranceInfo. (...)
Les syndicats mahorais demandent une augmentation des salaires, la titularisation des contractuels, des aides au logement pour tous ainsi qu’« un plan d’urgence ambitieux pour les constructions scolaires ».
Seule bonne nouvelle : les postes annoncés d’AESH seront, en partie, créés. Le Premier ministre avait promis la création de 2000 postes d’AESH. C’était l’une des mesures mises en avant dans son pacte de non-censure passé avec le Parti socialiste. Ce seront finalement 1700 postes d’AESH qui seront créés. Auxquels s’ajoutent 300 postes d’enseignants spécialisés en unités localisées pour l’inclusion scolaire (Ulis).