
Comment réconcilier les travailleurs et l’écologie ? En rappelant que celle-ci doit s’intéresser aux modes de production autant que de consommation. Se constituerait alors un « communisme du vivant » dont Paul Guillibert esquisse les concepts fondamentaux.
Entre les travailleurs défendant leur usine, leur voiture et par là leur indispensable accès au salaire, et les militants écologistes défendant la décroissance, les communs non marchands et la sobriété énergétique, l’incompréhension est-elle inévitable ? Elle peut sembler fatale, surtout s’ils se perçoivent mutuellement comme des urbains déconnectés de la réalité des classes laborieuses, et comme des « barbares » inconscients du dérèglement climatique, à civiliser de toute urgence. Mais cette opposition, parfois bien réelle, n’est pour le philosophe écomarxiste Paul Guillibert ni féconde ni insurmontable. Elle est toutefois favorisée par la faible place que tient le travail dans les discours écologistes contemporains, souvent centrés sur la consommation plus que sur la production (...)
Associant les outils conceptuels du marxisme écologique contemporain aux courants des pensées critiques féministes, antiracistes et décoloniales en sciences sociales, l’auteur entend donc œuvrer par ce livre à la constitution d’un bloc commun autour d’un « communisme du vivant », qui intègre l’ensemble des rapports de domination dans leur diversité irréductible, tout en les articulant autour de l’exploitation capitaliste du travail sous toutes ses formes. L’alliance entre travailleurs, militants écologistes et mouvements citoyens est non seulement possible, mais déjà réalisée dans certaines luttes locales (...)
Les multiples visages de l’exploitation
Le livre se compose de trois chapitres : les deux premiers proposent une redéfinition du capitalisme et de la crise écologique dont il est la cause principale, et le troisième, avec la conclusion qui le suit, réfléchit aux moyens et objectifs stratégiques de lutte contre ce capitalisme écocide. Il s’agit donc d’élaborer une « écologie politique » marxiste, à la fois comme théorie et comme pratique, opposée aussi bien aux injonctions jugées moralisatrices de l’écologie libérale (« l’écologie commence à la maison ») qu’à un écofascisme autoritaire (« l’écologie commence avec la nation »). (...)