Ils s’appellent Alain Hébrard, Idir Guizem ou encore José Maria Naqui Vilalta. Retraité français, entrepreneur algérien ou vendeur de produits phytosanitaires en Espagne, tous sont soupçonnés d’avoir fourni des pesticides interdits à des centaines de particuliers et d’agriculteurs français.
(...) Le glyphosate, classé "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer, reste aujourd’hui encore autorisé en France pour les professionnels disposant d’un agrément. Les particuliers, en revanche, n’ont plus le droit de s’en procurer depuis 2019. "Je le savais bien sûr, mais j’en avais besoin, se justifie Laurent, je l’utilisais pour mes allées et mon jardin potager. C’est très efficace". Promis, on ne l’y reprendra plus.
600 perquisitions dans 83 départements français
En 2025, l’Office français de la biodiversité (OFB) a identifié de nombreux acheteurs, comme Laurent, et mené près de 600 perquisitions dans 83 départements français. Ici un agent SNCF. Là un aide-soignant. (...)
Risques pour les utilisateurs. Risque pour l’environnement aussi. "Nous voulions éviter que tous ces produits se retrouvent dans le milieu."
Si l’OFB a pu identifier autant d’acheteurs, c’est grâce à un fichier client, contenant près de 13 000 noms, récupéré en marge d’une enquête judiciaire visant plusieurs vendeurs de pesticides.
Deux d’entre eux se tenaient côte à côte le 18 novembre dernier devant la cour d’appel d’Orléans.
Entre 40 et 200 000 euros de bénéfice en quelques années (...)
"En 2025, les agents locaux nous remontaient des signalements. De nouveaux produits, vendeurs et acheteurs étaient découverts", se rappelle Solenn Briand, la magistrate en poste à l’OFB. L’offre, sur le net, reste pléthorique malgré les arrestations. "En fait, nous n’avons pas la capacité d’absorber tous les dossiers qui existent."
Du glyphosate sur la "market place" de Leroy Merlin
En octobre dernier, c’est ainsi Leroy Merlin qui a dû retirer "sans délai" des produits à base de glyphosate de son site internet, a appris la cellule investigation de Radio France. Un vendeur, hébergé plus précisément par la "market place" de l’enseigne de bricolage et de jardinage, a été identifié après un signalement de la Direction départementale de la protection des populations. "Une situation exceptionnelle qui a fait l’objet d’un traitement rapide", assure Leroy Merlin.
Quand on parle de trafic de pesticides, il y a donc ces ventes sur le net, tentaculaires, à destination des particuliers. Mais des professionnels aussi contournent la loi. Ils sont peut-être moins nombreux mais ils achètent de plus grandes quantités de produits interdits. En France, deux procès ont mis en lumière l’existence d’un réseau d’approvisionnement structuré qui a profité, au fil des années, à des agriculteurs de Normandie, de la Drôme et des Bouches-du-Rhône (...)