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"Depuis que j’ai quitté mon pays, je n’ai jamais connu la paix" : témoignage d’un Congolais incarcéré au Danemark pour entrée illégale
#migrants #immigration #Congo #UE
Article mis en ligne le 26 juin 2024
dernière modification le 24 juin 2024

Après avoir fui la République démocratique du Congo (RDC), Rodrigues a traversé la Turquie, puis la Grèce pour tenter de s’installer au Danemark. Mais dans ce pays qui le faisait tant rêver, Rodrigues a déchanté. Le jeune homme de 22 ans a passé 14 mois en prison pour entrée illégale. Une expérience traumatisante pour ce Congolais déjà fragile psychologiquement. Témoignage.

Rodrigues a quitté la République démocratique du Congo (RDC) à sa majorité. En raison de marques de naissance sur le corps, le jeune homme aujourd’hui âgé de 22 ans devait être tué en sacrifice à la famille de son père à ses 18 ans.

En Afrique subsaharienne, de nombreux enfants qui présentent des troubles du sommeil, un handicap, une malformation ou des marques de naissance peuvent être victimes de rites sacrificiels ou rejetés par leurs proches.

Avec l’aide de ses parents qui refusent de le voir mourir, Rodrigues parvient à s’enfuir de RDC et à atteindre la Turquie par avion. Il débarque en Grèce, à Lesbos, en décembre 2019 après avoir traversé la mer Égée.

Débouté de sa demande d’asile dans le pays, le Congolais gagne, avec de faux documents, le Danemark en novembre 2022. Il en est persuadé : il pourra s’installer dans ce pays d’Europe du nord et construire une vie stable. Il veut témoigner aujourd’hui de son expérience au Danemark pour "que les gens sachent que ce qu’il s’y passe est inhumain". (...)

Je ne mangeais quasiment plus rien, je n’avais des nouvelles de personne car les policiers ont confisqué mon téléphone à mon arrivée. J’étais dans une profonde détresse. J’ai perdu connaissance à de nombreuses reprises et j’ai fait plusieurs tentatives de suicide.

On n’avait le droit qu’à 30 minutes de promenade par semaine, sous des barbelés. J’avais l’impression d‘être un chien en cage. Lors de ces moments dans la cour, des prisonniers m’ont agressé physiquement et sexuellement à plusieurs reprises. Je ne veux pas en dire plus car en parler me rappelle trop de mauvais souvenirs. (...)

J’étais parti de chez moi pour fuir la mort, puis de Grèce pour tromper l’ennui, mais au Danemark, c’était l’enfer. Chaque jour, ma vie était de pire en pire. Depuis que j’ai quitté mon pays, je n’ai jamais connu la paix.

Finalement, début 2024, un juge a décidé de me libérer car les autorités danoises n’étaient pas parvenues à m’expulser.

Je voulais fuir ce pays, où je n’avais connu que la prison. En avril, je suis arrivé en France par le train. Aujourd’hui, je suis dans un centre pour demandeur d’asile à Besançon [dans l’Est de la France, ndlr]. Mais les autorités françaises m’ont dit que j’étais ’dubliné
’ et donc que je devais retourner au Danemark.

Mais je vais faire quoi là-bas ? J’ai failli mourir dans ce pays, pourquoi j’y retournerais ? Je veux simplement aller à l’école, avoir un travail et mener une vie normale. Mais j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais." (...)