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Chute des arrivées de migrants en Italie : oui, mais à quel prix ?
#migrants #immigration #Italie #Tunisie #libye #UE
Article mis en ligne le 31 août 2024
dernière modification le 29 août 2024

Le ministère de l’Intérieur italien a publié fin août les chiffres des arrivées d’exilés sur le sol italien depuis le début de l’année : 40 000, soit trois fois moins qu’en 2023 à la même période. Si le gouvernement italien parle "d’efficacité" de sa politique migratoire, les ONG dénoncent elles une politique répressive, mise en place au mépris des vies humaines.

Le ministère de l’Intérieur italien a publié fin août les chiffres des arrivées d’exilés sur le sol italien depuis le début de l’année : 40 000, soit trois fois moins qu’en 2023 à la même période. Si le gouvernement italien parle "d’efficacité" de sa politique migratoire, les ONG dénoncent elles une politique répressive, mise en place au mépris des vies humaines. (...)

"Les résultats parlent d’eux-mêmes", s’est félicité le député de son parti, Fratelli d’Italia, Antonio Giordano, dans un communiqué cet été. "Il y a une réduction significative des débarquements par rapport aux années précédentes et une amélioration de la gestion des flux migratoires. Le gouvernement Meloni ne mérite que des retours positifs pour sa politique efficace et innovante". (...)

La stratégie de la cheffe du gouvernement a toujours été claire : miser sur la répression pour faire baisser les arrivées. Et pour ce faire, Giorgia Meloni a utilisé l’outil législatif en promulguant le "décret Piantedosi" du nom du ministre de l’Intérieur, entré en vigueur en décembre 2022.

Devenue la bête noire des ONG, la loi a introduit toute une série de nouvelles mesures pour régir les activités des navires humanitaires en Méditerranée. (...)

Les associations dénoncent aussi l’attribution de ports lointains. Après les sauvetages, les bateaux d’ONG ont régulièrement ordre de se rendre dans des villes au centre voire au nord du pays, beaucoup plus éloignées que les ports siciliens ou Lampedusa, où étaient traditionnellement débarqués les migrants secourus. "Avant le décret, devoir débarquer dans le nord, c’était épisodique. Désormais, c’est systématique", avait regretté en janvier à InfoMigrants, Margot Bernard, coordinatrice de projet adjointe à bord du Geo Barents.
"540 jours de paralysie"

Ce décret a eu des conséquences dramatiques, selon les ONG. En 2023, Rome a procédé à 23 arrestations de navires de sauvetage. "Cela revient à 540 jours de paralysie pendant lesquels les navires des ONG n’ont pas pu secourir [de migrants] sur l’une des routes les plus meurtrières au monde", écrit Médecins sans frontières (MSF) sur X.

"Ce décret-loi a été spécifiquement conçu pour entraver les activités de recherche et de sauvetage des ONG en mer", dénonce encore l’ONG dans un communiqué publié hier, mercredi 27 août, après l’immobilisation de son navire, le Geo Barents, pour 60 jours. (...)

Une autre étude menée par l’ONG SOS Humanity dénonce elle une perte de "plus d’un an" de temps de sauvetage en Méditerranée. (...)

Et surtout, déplore l’ONG Sea Watch, "depuis que la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni a pris ses fonctions, davantage de personnes sont mortes en Méditerranée". Selon l’ONG allemande, le nombre moyen de personnes disparues ou décédées en mer a augmenté ces deux dernières années. Il était de 162 personnes/mois (en 2020-2022) contre 218 personnes/mois (en 2022-2024), soit dès le début du mandat de Meloni. La baisse des arrivées de migrants en Italie "ne signifie pas un succès dans la lutte contre le trafic d’êtres humains. Au contraire". (...)

Un accord controversé avec la Libye

Sur un volet plus diplomatique, la cheffe du gouvernement se félicite des partenariats qu’elle a noués avec la Libye et la Tunisie ces dernières années pour contribuer à faire chuter les arrivées en Italie. Ces deux États de transit sont les deux principaux pays de départ des migrants qui tentent la traversée de la mer. Le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi avait affirmé que ces accords avaient permis de "bloquer la moitié des arrivées".

A quel prix ? Un accord datant de 2017 (signé avec le soutien de l’Union européenne), permet aux Italiens de se reposer sur les Libyens pour enrayer les traversées de la mer. Les garde-côtes réputés pour leur brutalité, interceptent depuis 7 ans les migrants en Méditerranée et les ramènent de force vers la Libye. Le partenariat entre Rome et Tripoli donne aussi aux autorités libyennes la charge de la coordination des sauvetages au large de Lampedusa, tâche qui incombait auparavant au centre de coordination de sauvetage maritime de Rome. Depuis le début de l’année, 14 000 migrants ont été interceptés par les garde-côtes libyens en Méditerranée. (...)
Malgré les preuves de plus en plus nombreuses et documentées par les médias et les ONG sur les cas de maltraitance – voire de torture et de meurtres - envers des migrants sur le sol libyen, l’UE n’a pas cessé son aide financière au pays. Pire, les Vingt-sept ont même reconnu dans un rapport confidentiel remis en début d’année que les autorités libyennes avaient eu recours à un "usage excessif de la force" envers les migrants.

Depuis des années, InfoMigrants reçoit des témoignages des exactions, viols, tortures, rançonnages, tabassages subis dans les prisons libyennes – officielles ou clandestines.
Des rafles et des abandons dans le désert en Tunisie

Même critique en ce qui concerne les accords tuniso-italiens. (...)

Rafles, abandons dans le désert, InfoMigrants a reçu de nombreux témoignages faisant état des sévices endurés par les Noirs dans le pays.

Documentées, ces arrestations sont menées grâce au soutien financier de l’Union européenne et de ses États membres. Les migrants arrêtés sont conduits vers des zones désertiques, à la frontière libyenne, algérienne ou parfois malienne. Dans des conditions extrêmement éprouvantes, sans eau et nourriture, ils luttent pour rester en vie. L’été dernier, des dizaines de migrants sont morts dont Marie et sa petite fille de 6 ans, Fati. Elles avaient été expulsées de leur domicile à Sfax, dans le centre du pays, et abandonnées dans le désert à la frontière libyenne. Elles sont mortes de soif.