Le parti conservateur de Bavière veut limiter l’accueil des migrants aux personnes financièrement indépendantes. Les experts en droit mettent en gardent contre une démarche illégale.
L’Union sociale chrétienne (CSU) domine la politique dans le Land de Bavière, dans le sud de l’Allemagne.
Le pays est composé de 16 Etats fédérés, appelés Länder. L’agenda politique de la CSU est très proche de celui du parti chrétien-démocrate de la CDU, active dans les 15 autres Länder.
Pour cette raison, la CSU est souvent qualifiée de "petite soeur" de la CDU. Les deux formations sont alliées au sein d’un même groupe parlementaire au Bundestag, le parlement fédéral à Berlin.
La CDU/CSU, appelée "l’Union" en Allemagne, ambitionne de reprendre le pouvoir au terme des élections législatives anticipées du 23 février, convoquée après l’implosion du gouvernement de coalition d’Olaf Scholz à la fin de l’année dernière.
L’Union profite actuellement de 32 % d’intentions de vote, soit le double de celles pour le SPD, le parti social-démocrate du chancelier.
Multiplication d’attaques mortelles
La migration est au coeur de la campagne électorale, alors que ce thème s’est hissé dans au sommet du débat politique en Allemagne ces dernières années. En décembre, l’attentat contre un marché de Noël dans la ville de Magdebourg peu avant les fêtes de fin d’année, a encore renforcé cette tendance.
Les origines saoudiennes de l’agresseur présumé ont conduit l’ensemble des partis politiques à appeler à des règles d’immigration encore plus strictes. L’homme vivait pourtant depuis 2006 en Allemagne, détenait une droit de séjour permanent et travaillait comme médecin. (...)
Proposition d’irréaliste
Exiger l’indépendance financière des personnes immigrées va au-delà de ce que le parti avait précédemment convenu avec la CDU dans un manifeste commun pour les élections générales.
Ce document prévoit seulement que "les avantages non monétaires devraient prévaloir sur les avantages en espèces dans la mesure du possible. La carte bleue (sur laquelle sont versées les allocations sociales pour éviter les versements en espèce, ndlr) devrait être introduite universellement et strictement dans tous les États allemands."
Le professeur de droit Volker Boehme-Nessler, qui enseigne à l’Université d’Oldenburg, dans le nord de l’Allemagne, considère cette proposition de la CSU irréaliste.
"Toute personne vivant ici légalement en tant que réfugié ne peut pas se voir retirer ses moyens de subsistance", a-t-il expliqué au média privé Welt, en s’appuyant sur la législation allemande et européenne.
Il note que la question cruciale reste de savoir si "quelqu’un est persécuté, si quelqu’un a-t-il besoin de protection ?"
Se concentrer sur les expulsions
En revanche, Volker Boehme-Nessler juge réaliste la volonté de la CSU d’expulser toute personne commettant un crime ou de multiples délits en Allemagne, puisque des lois en ce sens existent déjà.
"Nous pourrions expulser davantage", note le juriste, qui rappelle toutefois que "les expulsions ne fonctionnent pas". (...)
La CSU plaide pour le placement en détention des migrants qui refusent de partir ou qui ne peuvent être expulsés.
Pour Volker Boehme-Nessler, cette proposition relève "simplement de la campagne électorale", d’autant que "d’un point de vue juridique et humanitaire, c’est problématique."
La CSU reprend les positions de l’extrême droite (...)