Les autorités ont démantelé mardi matin le plus important campement de Calais. Au total, 537 personnes, majoritairement soudanaises, ont été évacuées de ce lieu de vie informel et orientées vers des structures d’hébergement de la région. Les associations dénoncent la méthode employée : les migrants étaient forcés de monter dans les bus sous menace d’être emmenés par la police aux frontières.
Dès 5h30 du matin mardi 10 octobre, les migrants du campement "Old Lidl", à Calais, ont été réveillés par un étrange ballet. Une quinzaine de camions de gendarmerie, des motos puis des bus se sont dirigés vers ce lieu de vie informel du nord de la France, qui abritait environ 700 personnes, majoritairement des hommes soudanais.
(...) Ils sont venus en armures, avec des boucliers, des casques, et étaient munis de matraques, bombes lacrymogènes ou encore de LBD [lanceurs de balles de défense]", détaille à InfoMigrants Axel Gaudinat, coordinateur d’Utopia 56 à Calais, présent au moment de l’évacuation. (...)
À 6h30, les premières évacuations ont débuté et se sont terminées vers 11h. Les exilés ont été orientés vers des bus, qui les ont ensuite acheminés vers des centres d’hébergement de la région. Au total 537 migrants ont "accepté la mise à l’abri" et 21 autres "en situation irrégulière ont été interpellés en vue d’un placement en rétention administrative", précise la préfecture du Pas-de-Calais dans un communiqué. "L’intervention des forces de l’ordre s’est déroulée sans incident", ajoute-t-elle.
"Les gens étaient complètement perdus"
Mais les associations rapportent une toute autre version. Selon les humanitaires, les exilés n’ont pas eu le choix de monter dans les bus. Sur une vidéo publiée par l’Auberge des migrants sur X (ex-Twitter), on entend un homme affirmer : "S’ils ne vont pas dedans [les bus, ndlr], ils sont pris par la PAF [police aux frontières, ndlr]". Ces images ont été tournées par Flore Judet de l’Auberge et Axel Gaudinat d’Utopia 56. "L’homme qui prononce ses mots est un capitaine de gendarmerie", assurent-ils à InfoMigrants (...)
Les humanitaires regrettent aussi le manque d’interprète – un seul selon eux. "Les gens étaient complètement perdus, ils ne comprenaient pas ce qu’il se passait", assure Axel Gaudinat.
Les traversées de la Manche continuent
En début d’après-midi, le campement vidé a été nettoyé par les services de la ville. Les tentes et les couvertures ont été emmenées ainsi que deux cuves d’eau de 1 000 litres chacune. (...)
Ce camp a déjà été évacué à plusieurs reprises cette année, la dernière opération remontant à juin dernier. Mais les migrants se réinstallent inlassablement sur ce terrain, faute de solutions. Certains exilés, évacués mardi matin, étaient déjà de retour dans la ville quelques heures plus tard. D’autres, qui avaient réussi à échapper au démantèlement, erraient dans les rues de Calais. (...) .