Selon un recensement effectué par 10 associations, dans la région de Calais, 1 600 refus de prise en charge de migrants par les différents services publics d’hébergement et d’accueil ont été relevés l’hiver passé. Les ONG demandent l’ouverture de plus de places disponibles et d’adapter davantage les dispositifs aux exilés et aux profils vulnérables.
"Entre 600 et 800" exilés ont passé l’hiver à la rue dans la région de Calais, dans le nord de la France. Voici le constat que posent 10 associations dont le Secours Catholique, Utopia 56, Médecins sans frontières (MSF) et l’Auberge des Migrants, dans une enquête commune présentée jeudi 9 avril et qu’InfoMigrants s’est procurée. Leur étude, établie à partir de leurs observations sur le terrain, dénombre les refus de mise à l’abri de personnes migrantes dans le secteur de Calais durant l’hiver écoulé.
En tout, les ONG ont relevé 1 600 refus de prise en charge d’hommes, familles et mineurs non accompagnés (MNA) entre novembre 2025 et mars 2026
La plupart des migrants se retrouvent donc à la rue, dans des campements de fortune et dans des conditions "extrêmement précaires". "On parle concrètement de gens qui dorment dans des zones marécageuses, dans la boue et sous des températures négatives en hiver. Il y a une personne décédée le 31 décembre de la rue, dans des conditions météorologiques désastreuses", rappelle à InfoMigrants Stella Bosc, responsable communication et plaidoyer au sein de l’Auberge des migrants. (...)
Julie Hernandez, responsable d’activité au sein de Médecins sans frontières (MSF), indique à InfoMigrants que l’association "envoie des courriers aux autorités toutes les deux semaines en précisant le nombre de demandes effectuées auprès des hébergements publics à Calais par les associations, le nombre de refus et leurs motifs pour chaque profil concerné".
"Ouverture de plus de places d’hébergement d’urgence"
Face au "bilan catastrophique de la fin 2025", les ONG plaident donc pour "un dimensionnement des dispositifs d’hébergement d’urgence", "l’ouverture de plus de places disponibles" et l’adaptation de la prise en charge au public exilé et aux profils vulnérables.
Dans leur enquête, les associations non mandatées indiquent qu’elles ont dû elles-mêmes "compenser l’absence de dispositifs adéquats [...] face aux défaillances de l’État". (...)
Les associations appellent également à l’activation du plan "Grand Froid", qui permet l’ouverture de places supplémentaires d’hébergement, "pendant toute la période de la trêve hivernale", ou encore la réquisition de logements vacants à Calais. (...)
Conditions de vie éprouvantes pour les femmes exilées (...)
Les femmes migrantes et les familles vivent dans des conditions particulièrement éprouvantes dans les campements du Calaisis, rappelait Pauline Pruvost-Czapek, porte-parole de Solidarités international, à InfoMigrants en mars. "Les exilées disent aussi avoir peur d’aller aux toilettes seules et de faire une mauvaise rencontre. Donc la plupart d’entre elles se retiennent d’y aller ou même de boire."
Les CAES, des structures pas toujours adaptées
Les associations plaident enfin pour "la fin des expulsions et de la saisie et destruction des affaires personnelles". Dans la région de Calais, les démantèlements de campements de migrants par les forces de l’ordre sont réguliers. (...)
Les associations notent également dans leur étude une saturation des places en CAES. "La préfecture nous répond que ces structures ne sont souvent pas remplies à leur maximum ou vacantes. Mais alors comment expliquer les 546 refus que nous avons observés aux départs des bus vers les CAES pendant l’hiver ?", s’interroge Julie Hernandez de MSF.
image : VOA- Nicolas Pinault, Public domain, via Wikimedia Commons