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"C’est la pire expérience de notre vie" : à Middlesbrough, les victimes des émeutes racistes en Angleterre, sous le choc, redoutent de nouvelles violences
#RoyaumeUni #extremedroite #racisme #violences
Article mis en ligne le 19 août 2024
dernière modification le 17 août 2024

Le 4 août, dans cette ville du nord-est de l’Angleterre, des dizaines d’émeutiers s’en sont pris à des habitants asiatiques musulmans et à leurs biens. Malgré le retour au calme, le quotidien de ces résidents est bouleversé.

Maqsood ne quitte plus sa maison. Elle est sortie une fois, "mais c’était en voiture, précise-t-elle, émue. J’ai très peur. Comme je porte le hijab, je ne sais pas ce qu’il peut m’arriver". Le 4 août à Middlesbrough, dans le nord-est de l’Angleterre, alors qu’elle était chez elle, avec sa famille, la Britannique de 52 ans a vécu la soirée la plus traumatisante de sa vie. "J’étais à l’étage, en train de passer l’aspirateur, quand j’ai commencé à entendre des cris dans la rue", se souvient-elle.

Elle s’est approchée de sa fenêtre et a vu des dizaines d’hommes déchaînés, pour la plupart habillés en noir, le visage cagoulé. "Ils brisaient les vitres des voitures et les fenêtres des maisons. Ils avaient des bâtons", tremble-t-elle encore. "Certains criaient : ’Où sont les maisons des Pakis ?’", se rappelle avec effroi son frère Maroof, 48 ans, assis à ses côtés. Les enfants crient, les adultes, apeurés, suivent en direct sur TikTok la progression des émeutiers. "C’était le chaos total. On s’attendait à ce qu’ils rentrent chez nous et nous agressent", revit Maqsood.
Des fenêtres brisées, des commerces vandalisés (...)

"C’est la pire expérience de notre vie. Nous avons l’habitude du racisme ordinaire, mais là, il s’agissait d’un racisme pur et dur, on voulait s’en prendre physiquement à nous." (...)

Une semaine après ces violences, les habitants restent très affectés. Maroof a aperçu deux de ses voisines musulmanes faire des allers et retours dans la rue en guise d’exercice physique. Avant, elles faisaient leur sport au parc. Il suppose qu’elles ont peur d’y retourner. Les enfants, eux, ne jouent plus dehors. Certains habitants du quartier n’osent même plus rester seuls. (...)

Selon les statistiques de la ville, le quartier de Newport, où les émeutes se sont concentrées, fait partie des secteurs les plus défavorisés d’Angleterre. Il s’est construit au fil des immigrations. (...)

Malgré le climat oppressant, des gestes de solidarité inédits ont vu le jour. Le lendemain des émeutes, de nombreux habitants se sont rassemblés spontanément pour nettoyer les rues, souligne la BBC. "C’était évident pour moi d’y aller. Je devais montrer que Middlesbrough, ce n’est pas ce qu’on a vu, témoigne Ian Elcoate, un Britannique blanc de 60 ans. C’est une ville très diversifiée, où les gens ont toujours bien vécu ensemble". (...)

Idrees Rashid, acteur associatif, a aussi participé au nettoyage. Il a lancé une cagnotte en ligne pour venir en aide aux sinistrés. (...)

Les autorités locales, avec le concours du maire de Middlesbrough, Chris Cooke, ont également mis en place des guichets pour apporter un soutien psychologique ou une aide administrative aux résidents. (...)

A la mosquée centrale, le président Gohar Ihsan envisage de lancer des ateliers de discussion pour les jeunes "pour qu’ils puissent débattre de ce qu’ils ont vécu". La banque alimentaire du lieu de culte continuera de soutenir les plus démunis, "qui sont en majorité des Anglais", assure-t-il, faisant référence aux habitants blancs. Le soir des émeutes, lors d’un discours devenu viral sur les réseaux sociaux, il a d’ailleurs dissuadé les jeunes venus protéger la mosquée de mener des représailles. "C’est contraire à notre religion. Et je savais que si des musulmans participaient aux émeutes, les médias auraient concentré leur couverture sur eux", presse-t-il.

Si Gohar Ihsan se dit surpris par l’ampleur des violences, il ne l’est pas de l’islamophobie manifestée "par certains" des émeutiers. Il la lie aux discours tenus depuis des années par des médias. (...)

L’immigration toujours pointée du doigt (...)

"L’inégalité et la précarité créent des conditions propices aux discours populistes comme ceux de l’extrême droite. Il est certain que ces facteurs ont joué dans les émeutes racistes, islamophobes et fascistes que le pays a connu cet été."
Edward Anderson, chercheur en histoire à l’université de Northumbria (...)