Figure d’une droite libérale-conservatrice aux convictions inflexibles, partisan d’une "politique de civilisation", Bruno Retailleau a été nommé samedi au prestigieux ministère de l’Intérieur, où sa radicalité risque de faire grincer des dents dans l’opposition de gauche, mais aussi dans le camp présidentiel. Il était d’ailleurs un opposant farouche au rapprochement entre la Macronie et Les Républicains.
En acceptant, à 63 ans, de figurer dans le gouvernement de Michel Barnier, Bruno Retailleau s’est d’abord assuré que cette configuration gouvernementale s’approcherait plus d’une "cohabitation" que d’une "coalition".
Sur l’immigration, l’ancien protégé de Philippe de Villiers au Mouvement pour la France (MPF) n’est pas du genre à lâcher du lest. En témoigne la bataille engagée en décembre avec l’ex-Première ministre Élisabeth Borne sur la loi immigration, considérablement durcie après d’âpres négociations entre LR et Matignon.
"J’ai tiré tout ce que j’ai pu tirer, je n’ai rien laissé passer", confiera-t-il quelques jours plus tard, relatant ce bras de fer. Avec une double victoire personnelle à la clé : l’adoption d’une loi d’inspiration Retailleau et la fracturation du camp présidentiel.
Sur les réformes sociétales, le profil de cet opposant au mariage pour tous risque aussi de faire grincer. Au printemps, même en minorité - rarissime pour lui au Sénat -, il menait encore la bataille contre l’inscription de l’IVG dans la Constitution.
Quant au projet de loi sur la fin de vie voulu par Emmanuel Macron, c’est "une loi d’euthanasie", tonne le Vendéen à la silhouette mince et aux fines lunettes.
"Qui est assez fou ?"
"Depuis un an, il ne fait que se radicaliser en imposant ses positions extrêmement dures", s’inquiète un cadre du camp présidentiel au Sénat. "Qui est assez fou pour gouverner avec Retailleau ?", s’interrogeait pour sa part une ministre sortante ces derniers jours.
À gauche, certains ressortent aussi des déclarations polémiques, comme lors des émeutes de juin 2023, lorsqu’il établissait un lien entre l’immigration, ces débordements et "une sorte de régression vers les origines ethniques" de la part des "deuxième et troisième générations". (...)