
Lors d’un appel avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain Donald Trump a suggéré mercredi que les États-Unis prennent "possession" des centrales nucléaires et électriques ukrainiennes, ce qui "constituerait la meilleure protection et le meilleur soutien possibles".
"L’une des premières étapes vers la fin de la guerre pourrait être de cesser les frappes sur les infrastructures énergétiques et autres infrastructures civiles. J’ai soutenu cette mesure et l’Ukraine a confirmé que nous sommes prêts à la mettre en œuvre", a dit Volodymyr Zelensky sur X.
Du côté de Washington et en apparence au moins, le ton sur l’Ukraine s’est nettement adouci, en particulier par rapport à l’hostilité ouverte avec laquelle le président ukrainien avait été accueilli récemment par Donald Trump.
Le président américain a eu un appel téléphonique "fantastique" avec son homologue ukrainien, a affirmé la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.
Le milliardaire républicain a parlé sur X d’un échange "positif, très substantiel et franc". (...)
Donald Trump a aussi promis d’agir pour le rapatriement des enfants ukrainiens "enlevés" depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022.
La Russie et l’Ukraine ont par ailleurs annoncé avoir échangé 175 prisonniers de guerre de chaque camp. Moscou a également libéré 22 prisonniers ukrainiens "gravement blessés".
De nombreuses questions de fond restent en suspens après ces deux conversations téléphoniques menées par Donald Trump, qui ne parle plus désormais de mettre fin à la guerre en un tour de main, comme il l’a longtemps fait.
Parmi elles : l’avenir de l’aide occidentale à l’Ukraine, dont Vladimir Poutine réclame l’arrêt, ou un éventuel "partage" territorial évoqué récemment par le président américain, de quoi inquiéter Kiev.
Des pourparlers doivent se tenir en Arabie saoudite dans les prochains jours. (...)
Pas de répit sur le terrain
Les combats se sont poursuivis dans la nuit de mardi à mercredi.
Selon le ministère russe de la Défense, une frappe ukrainienne "délibérée" a visé pendant la nuit un dépôt pétrolier de la région de Krasnodar (sud de la Russie).
L’Ukraine a elle compté pendant la nuit six missiles et 145 drones de combat russes.
Un homme a été tué et trois personnes blessées dans une frappe contre un immeuble résidentiel dans la région de Soumy, dans le nord-est de l’Ukraine, et un bombardement a tué un civil à Kherson (Sud) mercredi matin, selon les autorités.
Lire aussi :
– (Huffington Post)
Donald Trump met fin au programme de traçage des enfants ukrainiens enlevés par la Russie
Durant trois années, des chercheurs de l’université de Yale avaient collecté numériquement de précieuses informations, compromettantes pour Vladimir Poutine. (...)
C’est une nouvelle coupe de l’administration Trump, ayant ici une conséquence sur la guerre en Ukraine. Selon des informations du Washington Post publiées mardi 18 mars, les États-Unis ont mis fin à un programme qu’ils finançaient, qui documentait les crimes de guerre russes présumés et établissait une base de données détaillant la déportation massive d’enfants ukrainiens vers la Russie. Pour cela, Vladimir Poutine se trouve depuis mars 2023 sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).
Dans la soirée ce mardi soir, la Maison Blanche a annoncé que le président Donald Trump allait « travailler » pour rapatrier les enfants ukrainiens « enlevés ».
Les chercheurs et les experts impliqués dans ce programme, appelé « Conflict Observatory » et dirigé par le laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale, ont été informés le mois dernier que le département d’État avait discrètement mis fin à leur contrat, par l’intermédiaire du DOGE, la branche de l’administration Trump menée par Elon Musk et chargée d’effectuer des coupes parmi les employés fédéraux. (...)
Les chercheurs ont désormais perdu l’accès à une mine d’informations, notamment des images satellites et des données biométriques permettant de suivre l’identité et la localisation de près de 40 000 enfants ukrainiens. (...)
L’annonce de la suppression du programme a été rendue publique le même jour où Donald Trump s’est entretenu avec Vladimir Poutine, un échange téléphonique qui a abouti à une proposition de cessez-le-feu limité aux infrastructures énergétiques pour un mois, mais pas à une trêve générale de 30 jours comme celle acceptée par Kiev le 11 mars.
Surtout, cette coupe de l’administration Trump serait particulièrement favorable au président russe, détruisant l’équivalent de 26 millions de dollars de preuves de crimes de guerre. (...)
Dans le cas où la base de données aurait été déplacée et non supprimée, les législateurs démocrates craignent malgré tout que les preuves numériques collectées ces trois dernières années restent inadmissibles devant la justice. (...)
– (Mediapart)
Vladimir Poutine se dit prêt à stopper ses frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes
À l’issue d’une conversation avec Donald Trump, le président russe s’est dit prêt à stopper ses bombardements des centrales et du réseau électrique ukrainien. Une mesure minimum, qui écarte de fait la proposition américano-ukrainienne d’un cessez-le-feu inconditionnel de trente jours.
esLes présidents Donald Trump et Vladimir Poutine ont échangé par téléphone durant deux heures et demie, mardi 18 mars. Au lendemain de cette conversation, l’une des plus longues de l’histoire des relations entre les deux pays, deux manières d’interpréter ses conclusions se disputaient.
Une version optimiste, d’abord : si les propositions faites par le président russe lors de cet entretien sont effectivement appliquées, il s’agira du premier accord formel visant à limiter l’usage de la force armée, en trois ans de guerre, entre Kyiv et Moscou. Au regard du désastre que constitue pour les civil·es ukrainien·nes l’agression lancée en février 2022 par l’armée russe, chaque missile de Moscou qui ne tombe pas sur leur territoire est assurément une bonne nouvelle.
Mais ce dernier développement peut aussi être vu de manière plus pessimiste. Diplomates russes et états-uniens ne semblaient même pas d’accord, au sortir de cet entretien, sur ce qui a été conclu par les deux chefs d’État – ce qui interroge sur la viabilité du compromis trouvé. En se limitant à un arrêt des frappes sur le secteur énergétique, Vladimir Poutine rejette de fait l’offre d’un cessez-le-feu inconditionnel et immédiat de trente jours faite par l’Ukraine et les États-Unis le 11 mars. Surtout, on voit de plus en plus mal ce qui pourrait contraindre le chef d’État russe à renoncer à ses « conditions » pour une paix en Ukraine, parmi lesquelles une « démilitarisation » du pays. (...)
Le débouché immédiat de cet entretien a donc été le feu vert de Vladimir Poutine à une nouvelle proposition de Donald Trump : que « les parties s’abstiennent mutuellement de frapper les infrastructures énergétiques pendant trente jours ». Vladimir Poutine y a répondu « favorablement » et en a même, assure le Kremlin dans son compte rendu de l’entretien, « immédiatement donné l’ordre aux troupes russes ».
Cette mesure engage relativement peu Moscou, qui sait que ses campagnes de frappes contre les centrales et le réseau électrique ukrainien ont davantage d’effet en automne et en hiver, lorsqu’elles ont pour conséquence directe de plonger la population ukrainienne dans l’obscurité et le froid.
Pas d’accord sur les contours de leur accord
La mesure n’en est pas moins une avancée potentiellement cruciale pour les centaines de milliers d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes victimes de coupures d’électricité quotidiennes, et a fortiori pour celles et ceux ayant le malheur de vivre à côté de ces installations devenues une cible privilégiée des drones kamikazes et des missiles balistiques russes.
Sera-t-elle appliquée ? L’Ukraine et la Russie se sont mutuellement accusées d’avoir frappé des infrastructures énergétiques adverses durant la nuit. Kyiv a toutefois déclaré qu’elle allait fournir une liste détaillée de ses infrastructures afin de s’assurer qu’elles ne soient plus visées, et a assuré par la voix de son président : « Si les Russes ne frappent pas nos installations, nous ne frapperons pas les leurs. »
Une position réitérée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’un entretien téléphonique d’une heure environ avec Donald Trump mercredi en fin d’après-midi.
Mais de quelles installations parle-t-on exactement ? (...)
Alors que le Kremlin mentionne une pause des frappes sur les « infrastructures énergétiques » (« энергетической инфраструктуры »), Donald Trump écrit de son côté que cette pause concerne « l’ensemble de l’énergie et des infrastructures » (« all energy and infrastructure »), ce qui peut laisser entendre que toutes les infrastructures civiles sont concernées.
Le différend s’est confirmé lorsque leurs entourages respectifs ont pris la parole. (...)
lors de son échange avec son homologue, le président russe a de nouveau refusé le principe d’un cessez-le-feu complet. Avec une méthode désormais éprouvée : ne pas dire « non » frontalement pour n’être pas identifié comme celui qui s’oppose à la paix, et poser comme « conditions » préalables des points qui devraient pourtant être le cœur des négociations à venir.
Conséquence concrète de cette stratégie : un certain art de la circonlocution dans les déclarations publiques. (...)
« Poutine tente de modifier l’ordre des discussions afin de pousser Trump à faire des concessions préventives sur des questions qui ne font pas partie du cessez-le-feu temporaire américano-ukrainien mais font partie des objectifs de guerre de la Russie », analyse l’Institute for the Study of War (ISW), think tank conservateur états-unien qui publie un bulletin quotidien très lu sur la guerre en Ukraine.
Les commentateurs russes ont peu ou prou la même analyse. (...)
La question désormais est celle de la patience des États-Unis vis-à-vis des Russes : est-ce qu’ils se posent vraiment en médiateurs – auquel cas ils vont bientôt mettre une pression plus forte sur les Russes – ou est-ce qu’en réalité ils se foutent de l’Ukraine et veulent surtout une relation bilatérale avec la Russie ? »
À défaut des États-Unis, désormais largement « alignés » sur Moscou, l’Ukraine pourra-t-elle compter sur l’appui de l’Union européenne pour ne pas devoir céder à toutes ces conditions ? (...)
Dans son compte rendu de la discussion téléphonique du 18 mars, la présidence russe assure que Vladimir Poutine et Donald Trump veulent « parvenir à un règlement bilatéral de la situation en Ukraine ». La formule est à la fois policée et dévastatrice : elle exclut à la fois l’Europe et l’Ukraine des discussions sur leur avenir.
« Les Européens doivent être dans la négociation. Ils doivent être à la table d’une manière ou d’une autre », insiste notre source diplomatique française, qui souligne que c’est l’objectif des « échanges intenses », « y compris par SMS », entre Emmanuel Macron et Donald Trump.
Devant une perspective qui semble s’éloigner de jour en jour, les diplomaties européennes tâchent de réfléchir à des plans B. (...)