Le mercredi 28 janvier 2026, s’est tenue une audience exceptionnelle devant le Tribunal pour enfants de Cayenne concernant une soi-disant mutinerie qui s’est déroulée au sein du quartier mineur du centre pénitentiaire de la Guyane le 21 novembre 2025.
Aucun média n’a été averti de cet événement dramatique qui a concerné 18 mineurs, qu’il s’agisse des auteurs de violences ou des victimes.
Le déroulé de cette émeute est glaçant. Pendant près de 30 minutes, une violence aveugle s’est déversée sur huit mineurs qui ont été passés à tabac par d’autres détenus mineurs qui sont parvenus à subtiliser les clés d’un agent pénitentiaire.
Au-delà de la violence physique et psychologique des actes qui ont été commis à l’encontre de mineurs mais aussi de deux agents pénitentiaires, le SAF est extrêmement choqué du fait qu’aucune intervention de l’administration pénitentiaire et/ou des gendarmes n’ait été menée afin de faire cesser les violences, et ce alors même que plusieurs mineurs étaient ensanglantés (blessés par des pics artisanaux ou à coups de pied et poing), au sol et/ou en perte de connaissance.
Aucun adulte n’est intervenu pour rétablir l’ordre et porter secours aux victimes. Les mineurs ont regagné d’eux-mêmes leur cellule de manière spontanée et ce n’est qu’après, que deux agents suréquipés se sont finalement décidés à entrer au sein du quartier mineur, pour vérifier la situation.
Pourtant, l’administration pénitentiaire a une obligation de garantir la sécurité des personnes placées sous sa surveillance, cela d’autant plus lorsqu’il s’agit de mineurs.Cette inaction de l’administration pénitentiaire nous révolte, car ce drame aurait évidemment pu être évité.
Au moment des faits, il y avait 26 mineurs incarcérés pour 19 places. Un seul surveillant pénitentiaire gardait le quartier mineur. Les mineurs ne bénéficient que de six heures de cours par semaine, étant désœuvrés le reste du temps en l’absence d’activité culturelle ou sportive accessible pour l’ensemble et ce, malgré l’investissement des éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, en sous-effectif.
Plus largement, ce sont les conditions déplorables de détention que nous dénonçons, qui ne cessent de perdurer malgré les alertes de la Défenseure des droits, du Tribunal administratif de la Guyane, du Conseil d’État et du Comité du contre la torture du Conseil de l’Europe.
Malgré toutes ces alertes, la situation ne change pas et les drames liés à cet état carcéral critique s’accumulent. Le centre pénitentiaire de la Guyane reste un endroit où la dignité humaine n’est pas respectée, et où, on le sait maintenant, les mineurs détenus ne sont pas protégés.
La responsabilité de l’État est indiscutable, et bien qu’une enquête administrative ait été annoncée à l’audience par la représentante du Parquet, des recours devant les tribunaux paraissent inévitables pour déterminer les responsabilités de chacun dans ce drame.
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– (SAF, communiqué, 26 mai 2025 )
Le bagne en Guyane au 21e siècle : une proposition inhumaine, inefficace, et coloniale
Gérald Darmanin, aujourd’hui ministre de la Justice, bientôt ministre des Colonies et du bagne ?
Dans sa volonté de singer le programme du RN, voici le ministre de la Justice suspendu à une nouvelle branche de la démagogie : rétablir le bagne en Guyane, plus précisément à Saint-Laurent-du-Maroni, où le camp de la Transportation a vu défiler – et souvent mourir – plus de 52 000 transportés et 17 000 relégués.
Car l’annonce par Gérald Darmanin de la construction, au sein du futur centre pénitentiaire de Saint-Laurent-du-Maroni, d’un quartier de haute sécurité pour les narcotrafiquants et les détenus radicalisés charrie une vision passéiste, coloniale et profondément dégradante pour le respect de la condition humaine.
Ces « quartiers de lutte contre la criminalité organisée » constituent un régime carcéral d’isolement quasi-total, privant les détenus de leurs droits fondamentaux. Comme le rappelle l’OIP, « y seraient en effet automatisées les mesures les plus attentatoires aux droits humains et libertés fondamentales : fouilles à nu systématiques, parloirs hygiaphones, interdiction d’accès aux unités de vie familiale et parloirs familiaux, ou encore restriction drastique de l’accès au téléphone à un minimum de deux heures deux fois par semaine ». On rappellera que les « quartiers de haute sécurité » ont été supprimés en 1982…
De sa visite expresse en Guyane, aucun mot ne sera dit de la situation sanitaire et sociale catastrophique du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly, régulièrement condamnée par la juridiction administrative, et sous le coup d’un rapport accablant du comité contre la torture du Conseil de l’Europe publié le 12 mars dernier. Les conditions indignes de détention, les cafards, les matelas par terre, la chaleur, les toilettes partagées par 7 ou 8 personnes dans une même cellule, le ministre s’en lave les mains.
Alors que l’ensemble des acteurs du monde judiciaire et institutionnel, comme la CGLPL, le Défenseur des droits, les États généraux de la justice ou le CESE préconisent la mise en place d’un mécanisme contraignant de régulation carcérale, Gérald Darmanin fantasme une justice du tout carcéral, qu’elle soit en modules préfabriqués en Hexagone, ou en béton armé à Saint-Laurent-du-Maroni.
Pourtant voté en 1875, le principe de l’encellulement individuel n’est toujours pas respecté, sans cesse reporté par les pouvoirs législatif et exécutif. Au 31 décembre 2023, le centre pénitentiaire de Guyane (CPG) qui a une capacité de 616 places contenait 1036 détenus, soit un taux d’occupation de 168% bien supérieur au taux d’occupation national record établi à 128,5% au 1er novembre 2024.
La future prison de Saint Laurent du Maroni avait théoriquement pour vocation de désengorger le CPG et de permettre aux détenus originaires de l’Ouest de maintenir des liens avec leurs familles, souvent empêchées aujourd’hui matériellement et financièrement de se rendre à Rémire pour des parloirs. Eu égard à l’augmentation de la population carcérale et le vote de lois entraînant plus d’incarcération, nul doute que la future prison de Saint Laurent du Maroni sera rapidement, elle aussi, affectée par la surpopulation et les conditions indignes de détention qu’elle génère…
Lutter efficacement contre le narcotrafic nécessite d’expliquer ses causes profondes en Guyane : pauvreté prégnante à l’ouest du territoire, absence de perspectives pour la jeunesse, manque criant de services publics et d’infrastructures de base…
La construction d’un nouveau “bagne”, loin de répondre à ces défis urgents, ne fait qu’ancrer la Guyane dans sa condition de colonie française, au service des rhétoriques réactionnaires de quelques politiciens de l’Hexagone.
Revenons à l’objectif essentiel : la justice en Guyane, partout et pour tout le monde.
Ce dont la Guyane a besoin, ce ne sont pas des buzz médiatiques après la visite expresse d’un Ministre pressé mais de réels moyens mis à sa disposition pour plus de justice.