
Le quotidien avait été poursuivi en diffamation par le président du Rassemblement national, après une enquête remettant en doute ses activités d’assistant au Parlement européen. Il a été relaxé vendredi 21 mars, à dix jours d’un autre jugement décisif pour le parti d’extrême droite.
En attendant le jugement du 31 mars dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national (RN), c’est une autre décision judiciaire qui a été rendue vendredi 21 mars. Alors qu’il n’est pas inquiété dans la première affaire, à la différence de vingt-six membres du parti d’extrême droite, parmi lesquels Marine Le Pen, Jordan Bardella avait poursuivi le quotidien Libération à la suite d’une enquête journalistique parue en septembre 2023 où il était qualifié d’« assistant parlementaire fantôme passé entre les gouttes de la justice ».
Éléments à l’appui, le quotidien avait remis en doute l’activité de l’actuel président du RN du temps où il était le collaborateur de l’eurodéputé Jean-François Jalkh – lui-même poursuivi dans le dossier – entre février et juin 2015, pour une rémunération totale de 10 444 euros. Craignant d’être mêlé à l’affaire, Jordan Bardella avait alors poursuivi en diffamation Libération sur le titre de l’article. Le 31 janvier, lors de l’audience, son avocat David Dassa-Le Deist avait notamment insisté sur le fait que le mot « fantôme » renvoyait à quelque chose d’« irréel, d’inexistant ».
Les magistrats lui ont donné tort. (...)
Se disant « soulagé » et « fier » de la décision, Dov Alfon, le directeur de la publication de Libération, estime toutefois que le sujet mérite un débat plus large : « Est-ce qu’on ne peut pas penser que la démocratie doit se protéger de ces pratiques de procédures-bâillons qui instrumentalisent la justice, pour mieux protéger la presse libre ?, demande-t-il à Mediapart. L’imagination n’est jamais trop courte pour faire taire le journalisme d’investigation. Et la confiance absolue de l’extrême droite à utiliser tous les moyens pour faire taire ceux qui démontrent les faits et la vérité doit interroger. »