En Allemagne, l’immigration est au centre de la campagne électorale pour les législatives anticipées de février. Le chef de l’opposition allemande propose de retirer la nationalité allemande aux personnes naturalisées et reconnues coupables de crimes.
Friedrich Merz, chef du parti chrétien-démocrate CDU, est sous le feux des critiques pour avoir proposé de retirer la citoyenneté allemande aux ressortissants condamnés par la justice et ayant la double nationalité. Le leader conservateur s’aligne ainsi sur l’extrême-droite.
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire allemand Welt am Sonntag, Friedrich Merz dénonce le nouveau processus de naturalisation introduit par le gouvernement en 2024. En cas de victoire de son parti aux législatives anticipées du 23 février, le prétendant à la chancellerie promet de réintroduire des critères de naturalisation plus stricts.
Selon lui, sur plus de 200 000 personnes ayant demandé la nationalité allemande en 2024, environ 80 % souhaitaient conserver leur nationalité d’origine. (...)
Friedrich Merz estime que la double nationalité devrait rester une exception à la règle (...)
Pour Saskia Esken, des sociaux-démocrates du SPD au pouvoir, Friedrich Merz fait des personnes naturalisées des "citoyens de seconde zone". Les Verts et le parti de gauche radicale Die Linke ont également critiqué le leader de la CDU.
Dans le même temps, depuis la chute de Bachar al-Assad, le débat sur l’expulsion et le retour des réfugiés syriens ne désenfle pas, alors que près d’un million de Syriens vivent en Allemagne. (...)
"Récits racistes"
La réforme sur la naturalisation entrée en vigueur l’été denier rend l’obtention de la citoyenneté allemande possible au bout de cinq ans de résidence, contre huit auparavant. La double-nationalité est autorisée dans la plupart des cas.
L’auteure et militante anti-racisme germano-iranienne Gilda Sahebi appelle Friedrich Merz à démissionner. Pour elle, "c’est le cœur des récits racistes et nationalistes : la distinction entre les ’Allemands sur le passeport’ et les ’vrais’ Allemands - c’est-à-dire ceux qui ont du sang allemand".
Gilda Shebi ajoute que l’union des conservateurs CDU/CSU "ne peut plus être considérée comme démocratique avec de telles propositions". Elle les accuse d’avoir suivi le parti d’extrême-droite AfD sur trop de questions. "Et pourtant, il n’y a pas de protestation, rien... ce pays reste silencieux", s’insurge-t-elle. (...)
La ministre de l’Intérieur Nancy Faeser a défendu la réforme de la naturalisation et assure que son gouvernement a rendu "les exigences d’obtention de la citoyenneté allemande beaucoup plus strictes". Dans les colonnes du journal Rheinische Post, elle met l’opposition en garde contre l’entrée dans une "guerre d’enchères populistes". (...)
La présidente de l’organisation d’aide Caritas, Eva Maria Welskop-Deffaa, fustige "l’intensification de la rhétorique populiste sur le rapatriement pendant la campagne électorale". Une telle rhétorique, explique-t-elle au quotidien Tagesspiegel, favorise les "faux préjugés" et sape les fondements d’une culture de l’accueil, qui est par ailleurs essentielle pour attirer les travailleurs qualifiés étrangers, en particulier pour les métiers sous tensions dans les secteurs de la santé et du travail social.
Débat sur la protection internationale pour les Syriens (...)