Des premières défaillances ont déjà été observées dans le transfert et l’accueil des migrants en Albanie, après leur interception en mer par les garde-côtes italiens. Selon la presse italienne, parmi les 16 exilés arrivés mercredi au port albanais de Shengjin se trouvaient deux mineurs et deux personnes vulnérables. Après plusieurs heures de latence, les deux jeunes ont finalement été ramenés en Italie, ont indiqué les autorités italiennes, qui ne donnent pas d’informations sur les deux autres.
L’accord entre l’Italie et l’Albanie vient à peine de commencer que les premiers dysfonctionnements apparaissent déjà. Mercredi 16 octobre, 16 migrants, originaires du Bangladesh et d’Érythrée, ont débarqué en Albanie après avoir été interceptés trois jours plus tôt en mer Méditerranée par les autorités italiennes.
La veille, mardi, la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni, à l’origine de ce partenariat, avait salué un "accord courageux" et s’était dit "fière que l’Italie soit devenue de ce point de vue un exemple à suivre".
Deux jeunes de 16 ans et deux malades
Pourtant, selon la presse italienne, quatre migrants ont été transférés à tort au port albanais de Shengjin : deux mineurs et deux exilés vulnérables – deux catégories de personnes non concernées par l’accord qui cible les hommes seuls et en bonne santé.
Deux Bangladais âgés de 16 ans ont été évalués comme adulte, malgré leurs déclarations, lors de la sélection opérée par Rome sur un navire militaire italien. Mais une fois en Albanie, ils ont insisté sur leur âge. Les autorités ont finalement décidé de les ramener en Italie, a confirmé le ministre italien de l’Intérieur. (...)
Deux Égyptiens souffrant de maladies ont aussi été envoyés en Albanie, alors qu’ils n’auraient pas dû l’être, selon les termes de l’accord entre Rome et Tirana, assurent encore les médias italiens. Pour l’heure, les autorités n’ont pas confirmé ces deux cas particuliers.
Au total donc, ce ne sont plus 16 mais 12 hommes qui sont pris en charge en Albanie. (...)
Les demandes d’asile doivent être approuvées ou rejetées dans un délai de 28 jours - les personnes qui attendent encore une décision après ce délai seront envoyées en Italie. Mais ce laps de temps paraît difficile à tenir au regard de la lenteur des procédures administratives italiennes (...)
L’accord coûte 160 millions d’euros par an à l’Italie (...)
Ces millions "auraient pu être utilisés pour la santé publique pour diminuer les listes d’attente, alors qu’on les jette par la fenêtre pour déporter des migrants en piétinant leurs droits", a fustigé mercredi matin dans un entretien au Corriere della Sera Elly Schlein, cheffe du principal parti d’opposition, le Parti démocrate.
Les détracteurs raillent aussi les lenteurs dans la prise en charge de la dizaine de migrants arrivés mercredi matin à Shengjin. "Que se passera-t-il lorsque, selon les plans du gouvernement italien, des dizaines ou des centaines de personnes débarqueront ?", s’interroge le média italien Il manifesto. L’Italie espère envoyer 36 000 exilés par an en Albanie, soit 3 000 par mois.