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Marie-Claude Saliceti
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Achylle, demandeur d’asile camerounais à Chypre : "J’ai tenté trois fois de me tuer"
#migrants #Cameroun #Chypre
Article mis en ligne le 25 septembre 2023
dernière modification le 24 septembre 2023

Originaire des régions anglophones du Cameroun, Achylle, 29 ans, a été kidnappé puis a rejoint Chypre pour protéger sa vie. Les drames qui l’on conduit jusqu’à cette île de la Méditerranée n’ont pourtant pas convaincu les autorités. Par quatre fois, sa demande d’asile a été rejetée. Des refus qui ont beaucoup affaibli le jeune homme, régulièrement en proie aux idées noires.

(...) des hommes armés l’attendent derrière la porte. S’ensuit alors un kidnapping, où Achylle est torturé, puis poussé à quitter le pays. Il atterrit à Chypre, dans la partie turque de l’île. Puis sur les conseils d’une connaissance, il rejoint le sud, côté grec, pour y faire une demande d’asile. Le début d’un long calvaire qui dure depuis près de cinq ans.

"Quand je suis venu déposer pour la première fois mon dossier au service de l’immigration, la personne derrière son bureau m’a dit : ‘mais qu’est-ce que tu viens faire ici ? On ne veut pas de toi’. J’ai pleuré. J’étais tellement angoissé que tout mon corps tremblait. Je ne comprenais pas pourquoi on me parlait comme ça. Je ne savais pas quoi faire, vers qui me tourner. Je pensais qu’on allait m’écouter. (...)

Une fois hébergé, j’ai pu appeler quelqu’un au Cameroun, avec qui je travaillais à l’église. Je lui ai demandé des nouvelles de mes parents et de mes sœurs. Ils étaient tous morts. La personne à l’autre bout du fil m’a dit que le jour de mon kidnapping, une milice était venue chez moi. Elle a tué ma famille, et nos chiens. Puis la maison leur a servi de camp de base.

Ce jour-là, je m’en souviens, c’était le samedi 13 octobre 2018. Quelques heures avant ce massacre, alors que je me préparais pour mon office, je me suis interrompu pour aller à la rencontre des hommes armés qui m’attendaient à la porte de mon église. Je n’ai pas eu le temps de parler : l’un d’eux m’a donné un violent coup dans la mâchoire avec un objet, je me suis évanoui.

Quand je me suis réveillé, mes poings et mes pieds étaient liés tous ensemble. (...)

Depuis cinq ans, je ne travaille pas, je dors dans un appartement payé par une ONG. Je subis aussi du racisme au quotidien. Quand j’attends le bus, des personnes passent en voiture et crient : ‘hey Blacky ! Go home !’. Ma peau, c’est une prison. On ne veut pas de moi ici. Ni les Chypriotes, ni l’Etat. (...)

Chypre te fait perdre tout espoir, toute ambition. Ça te consume petit à petit. Si je savais nager, je vous le dis, je fuirais ce pays à la nage. Mais je sais que j’ai de la chance d’avoir au moins un toit sur la tête, je vois encore beaucoup de gens dormir dehors. J’essaye de les aider comme je peux [Achylle organise plusieurs fois par semaine des distributions de nourriture avec les invendus des restaurants pour les migrants de Limassol]. (...)