
À bord de l’Ocean Viking, navire-ambulance de SOS MEDITERRANEE, s’opère à chaque mission la création d’une micro-société, composée de membres d’équipage aux parcours et aux langues multiples. Adèle, responsable des relations médias, raconte l’émergence d’une communauté qui se nourrit des différences culturelles des un.e.s et des autres, cultivant la tolérance et l’entraide.
Saviez-vous qu’en indonésien, pour faire le pluriel d’un nom commun, il suffit de le répéter deux fois ? Qu’en suédois, langue présumée difficile, « merci » se dit tout simplement « tak » ?
À bord de l’Ocean Viking, si chaque membre d’équipage parle anglais, les multiples accents trahissent les origines diverses, et les discussions se ponctuent souvent d’italien, de français, d’arabe ou même de suédois et donc, d’indonésien !
Cette mixité s’opère sans effort, avec un intérêt prononcé de toutes et de tous. Véritable tour de Babel au milieu de la mer, le navire ressemble alors à une sorte de société idéale, dans laquelle les différences, ou plutôt les singularités de chacun.e, sont perçues comme des chances d’apprendre et d’élargir son horizon : nombreuses sont les conversations autour des spécificités de telle ou telle langue, ce mot amusant ou tel autre auquel aucune traduction ne convient. (...)
En cette fin mars 2025, l’Ocean Viking patrouille en Méditerranée centrale à la recherche d’embarcations en détresse. Moi qui évolue depuis maintenant plus d’une semaine dans cette sorte de bulle en pleine mer, j’ai l’impression d’être plongée dans une parenthèse de bienveillance, d’attention à l’autre et d’intérêt pour ses spécificités. Si cet environnement aussi professionnel qu’empreint de douceur me surprend, je peine à imaginer ce que doit être cette découverte pour les personnes accueillies à bord qui ont subi, peu de temps encore avant leur sauvetage, une violence inimaginable en raison de leur couleur de peau, de leur langue, de leur religion ou de leur culture.
Je peine d’autant plus à imaginer ce changement radical d’environnement, quand, au moment même où j’écris ces lignes depuis l’Ocean Viking, nous parviennent des nouvelles de toute la violence raciste que peuvent subir les personnes migrantes et réfugiées noires en Libye.
Entre le 12 et le 16 mars, d’intenses séries de raids, d’arrestations arbitraires, d’expulsions collectives et même d’exécutions à leur encontre auraient eu lieu à l’Ouest de la Libye, pays de départ de nombreuses personnes qui tentent de rejoindre l’Europe par la Méditerranée. C’est ce que rapporte notamment l’organisation Refugees in Libya, et son porte-parole David Yambo, lui-même survivant de violences et d’abus subis lors de son passage dans le pays. (...)
Pour celles qui fuient sur des embarcations de fortune et ont la chance d’être secourues, j’imagine avec peine quel changement peut représenter cette parenthèse d’humanité, exempte de toute discrimination, à bord de l’Ocean Viking, après tant de violences, Je ne peux qu’imaginer, avec difficulté encore, ce que doit être l’émotion ressentie au moment de s’entendre dire « You are safe ». Des mots à la sonorité sans doute étrangère pour beaucoup, mais qui, par la main tendue qui les accompagne, prennent un sens universel. (...)
Pour celles qui fuient sur des embarcations de fortune et ont la chance d’être secourues, j’imagine avec peine quel changement peut représenter cette parenthèse d’humanité, exempte de toute discrimination, à bord de l’Ocean Viking, après tant de violences, Je ne peux qu’imaginer, avec difficulté encore, ce que doit être l’émotion ressentie au moment de s’entendre dire « You are safe ». Des mots à la sonorité sans doute étrangère pour beaucoup, mais qui, par la main tendue qui les accompagne, prennent un sens universel. (...)
Charlotta, sage-femme d’origine norvégienne à bord, me le confirme : sur l’Ocean Viking, durant les jours suivants les sauvetages, il n’y a pas de « migrant.e.s », pas « d’étrangers », pas de hiérarchie justifiée par des couleurs de peau ou des langues différentes. (...)
il n’y a en somme que des personnes, singulières par leurs parcours, leurs cultures, leurs langues, mais égales, unies par leur humanité commune.