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Marie-Claude Saliceti
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Vu des quartiers populaires de Marseille : Légaliser le cannabis, repenser la police
#cannabis
Article mis en ligne le 27 février 2023
dernière modification le 26 février 2023

Le 17 janvier, le militant associatif Mohamed Bensaada organisait un débat autour de la légalisation du cannabis pour lutter contre les violences liées au trafic à Marseille. Un projet audacieux qui met en évidence l’échec des politiques de répression et amène à repenser le rôle de la police dans les quartiers populaires.

(...) Aux côtés du sociologue et militant associatif Saïd Bouamama, il est venu parler de la « légalisation sociale » du cannabis – de loin le produit illicite le plus consommé de France2 – comme moyen de lutter contre les violences liées au trafic. L’objectif de la soirée est clair : partir de l’expertise citoyenne des quartiers populaires pour nourrir le débat et imaginer un quotidien différent pour ces territoires paupérisés qui sont les premières victimes de ces violences. Et cela commence par établir le bilan de la politique répressive actuelle.

Police partout, résultats nulle part

« Ces 50 années de prohibition et de répression, c’est un désastre en termes d’argent public, de santé et de sécurité, explique Mohamed Bensaada devant un auditoire nombreux et attentif. (...)

Comme l’explique Saïd Bouamama, le trafic et les violences qu’il engendre sont « la conséquence d’au moins quatre décennies de dégradation des conditions d’existence dans les quartiers populaires, de la hausse des discriminations et de la baisse continue du champ des possibles de la jeunesse. On ne peut rien comprendre ni à la toxicomanie ni au trafic, si on ne prend pas en compte ce contexte. »

Selon lui, loin d’être spontanées ou irrationnelles, ces violences suivent une logique économique et politique évidente : dans ces quartiers abandonnés de l’État, où aucune autre économie ne perdure ou presque, le marché de la drogue est bien trop juteux pour que les jeunes puissent lui résister.

Et les réseaux se livrent une compétition à mort pour la conquête de parts de marché et le contrôle de points de deal3, engendrant violences armées, insécurité, enrôlement des jeunes, stigmatisation des quartiers. La précarité et l’insécurité sociale étant la matrice de ces violences, la police et la justice non seulement n’y peuvent rien mais rajoutent « de la violence à la violence et du mal-être au mal-être ». Pour les organisateurs de la soirée, il y a urgence à mettre en place des alternatives, comme la légalisation du cannabis.

La « légalisation sociale » contre le capitalisme sauvage (...)

Quand on parle de légalisation, plusieurs approches très différentes sont possibles. Elle peut être « honteuse », à l’image d’une dépénalisation qui ne punirait plus sans pour autant agir ; « libérale », comme nouvel espace de compétition marchande bénéficiant au capital ; ou « sociale », telle qu’ardemment défendue par Mohamed Bensaada. Dans son approche, la légalisation est un outil de prévention, de soins et de redistribution des richesses récupérées par l’État. En encadrant la production et la consommation, ce dernier se donne les moyens de contrôler la vente et la qualité des produits, de mettre en place des politiques de santé publique. Et en décidant de taxer ces produits pour ne pas laisser le marché s’enrichir sans rendre des comptes à la société, ce sont des millions d’euros potentiels qui seraient récoltés pour lutter contre les inégalités sociales : restauration des infrastructures publiques, bourses d’études, soutien aux associations de quartier…

« La police est censée être un service public »

Penser cette légalisation sociale du cannabis remet inévitablement en question les missions de la police, principalement orientée en fonction d’objectifs sécuritaires et répressifs. (...)

Pour Saïd Bouamama, au vu du racisme systémique et des violences rattachés aux forces de police, elles ne peuvent pas être une solution dans les quartiers populaires. Quant à la possibilité d’une « autre » police, le sociologue plaide pour une transformation complète de l’institution (...)