Plusieurs témoignages font état de propos racistes tenus par des membres des forces de police, ou de revendications de violences policières, dans un contexte de violences conjugales. Une étude américaine confirme l’hypothèse d’un continuum. Mais, en France, les données manquent.
« Nique ta mère, sale pute, sale race, tu es comme tous ces sales rebeus que je contrôle. » Voici comment un policier, en poste à Police Secours, s’en prenait à son ex-conjointe, selon la plainte qu’elle a déposée en 2020. Le fonctionnaire a été condamné l’année suivante à 60 jours-amendes, une mesure alternative aux poursuites, pour violences conjugales et propos racistes. Il est toujours en poste – la promesse faite par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, d’écarter les policiers condamnés ne valant que pour les peines d’emprisonnement.
Son ex-conjointe assure à Mediapart qu’il lui aurait également affirmé « avoir commis des violences sur des gardés à vue, comme des insultes raciales ou des gifles, tout en disant qu’il faisait ça dans un angle non filmé. Il [lui] a aussi avoué faire des contrôles au faciès ». Le policier aurait renvoyé le même sentiment d’impunité que dans les violences conjugales : « Il me disait qu’il était intouchable quand il me menaçait. »
Une autre femme, dont l’ex-conjoint gendarme a été condamné pour violences envers elle, nous explique qu’en plus de tenir des propos racistes à son égard, il utilisait les termes « bougnoules » et « blackos » pour parler des personnes racisées qu’il interpellait ou auxquelles il faisait face lors d’opérations de maintien de l’ordre. (...)
Philip Stinson, professeur spécialisé en justice pénale aux États-Unis, est l’auteur d’une étude dans laquelle il a analysé les liens, chez les policiers, entre violences conjugales et faits de mauvaise conduite ou de bavure : parmi 324 cas de policiers interpellés pour des violences de genre dans le couple entre 2005 et 2007, 21 % impliquaient un agent qui avait été aussi mis en cause devant une cour fédérale « pour violations des droits civiques ». (...)
La professeure de droit Leigh Goodmark, autrice de plusieurs études sur la mort de Freddie Gray, mais aussi sur les policiers violents avec leur conjointe, comme « Les mains en l’air à la maison : la masculinité militaire et les officiers de police qui commettent des violences contre leur partenaire », indique à Mediapart : « Il y a bien assez de preuves pour suggérer un lien significatif entre les policiers mis en cause pour usage de la force excessif au travail et ceux qui commettent des violences contre leur partenaire chez eux. » Elle précise : « Comme ils savent comment le système fonctionne, qu’il y a peu de chance qu’ils soient tenus pour responsables d’usages excessifs de la force, ça leur donne plus de pouvoir et les encourage à utiliser aussi la force dans leur relation personnelle. »
Une réflexion semble aussi s’imposer sur les violences sexistes et sexuelles sur la population de femmes racisées hors couple, comme l’indique Leigh Goodmark en citant plusieurs exemples de policiers ayant utilisé leur pouvoir aux États Unis pour commettre des violences sur des femmes racisées (...)
L’hypothèse d’un continuum de violences
En France, les données manquent : pas de chiffres, pas d’études précises à ce stade… Questionné sur ce point, le service de communication de la police n’a pas donné suite. Mais plusieurs militantes, chercheurs et chercheuses interrogé·es par Mediapart émettent l’hypothèse d’un continuum de violences sexistes et racistes du service au foyer. (...)
Mathieu Rigouste, auteur de La Domination policière – une violence industrielle (La Fabrique Éditions, 2012), ce lien supposé entre racisme, violences en service et dans le foyer pourrait s’expliquer par un enchevêtrement des rapports de domination : « Le corps policier est dressé par une sorte de recherche permanente de la soumission dans l’interaction avec l’autre, et tout ce qui lui résiste est vu comme un illégalisme. Il recherche à soumettre le corps de l’autre, qu’il soit une personne racisée ou une femme dans l’espace domestique. »
Paul Rocher, économiste, auteur de Gazer, mutiler, soumettre (La Fabrique Éditions), confirme : « L’institution policière produit du racisme et du sexisme, et on peut en déduire qu’un policier enclin à commettre actes racistes et sexistes dans le cadre de son travail pourrait se comporter de manière similaire à son domicile. »
Des obstacles similaires dans le parcours police-justice (...)
L’avocat et membre de la Ligue des droits de l’homme Arié Alimi le confirme : « Il y a des corrélations sur le traitement policier et judiciaire, qui va à contre-courant de la recherche de la manifestation de la vérité, avec une mauvaise réception des plaintes, une volonté du parquet de ne pas vraiment enquêter, une vision un peu méprisante de la victime, que l’on culpabilise, qu’elle soit une femme violentée par son conjoint ou une victime de violences policières… » (...)