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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Violences sexuelles : à LREM, la défaillance systématique
Article mis en ligne le 28 mai 2022
dernière modification le 27 mai 2022

Darmanin, Hulot, Abad : depuis 2017, le parti d’Emmanuel Macron a ignoré les accusations de violences sexuelles visant des personnalités de la majorité. Plusieurs cas à l’Assemblée l’ont illustré ces dernières années, notamment au groupe, un temps présidé par Gilles Le Gendre.

Emmanuel Macron n’entend pas céder à ce qu’il qualifiait, en 2021, de « société de l’inquisition ». C’est lui qui a choisi de nommer Damien Abad au gouvernement, c’est donc lui qui décidera de son sort. Depuis quelques jours, la majorité sortante se divise sur le cas de l’ancien patron des député·es Les Républicains (LR), nommé ministre des solidarités malgré le signalement adressé à LREM par l’Observatoire des violences sexuelles et sexistes relatant des faits présumés de viols sur deux femmes.

À l’abri de l’anonymat, les soutiens du président de la République distillent leur avis. Mais il est plus tranché qu’en d’autres temps : « J’espère qu’il sera sorti, indique une députée de la majorité sortante. Sa nomination vient fragiliser tout ce qu’on fait. » Pour beaucoup, l’affaire Damien Abad vient confirmer l’indifférence du pouvoir exécutif pour un sujet dont le chef de l’État a pourtant fait sa « grande cause du quinquennat ».

Une indifférence caractérisée par le fait que « certains avaient été alertés et n’ont rien fait », selon un cadre de La République en marche (LREM). Rares sont celles et ceux à croire qu’« aucun membre du gouvernement n’avait connaissance » des faits, comme l’a affirmé la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire. (...)

À l’époque, lorsque l’existence d’une plainte pour viol a été révélée par Closer et que le nom de Damien Abad circulait, plusieurs membres du gouvernement d’Élisabeth Borne – dont Bruno Le Maire, qui en avait fait son porte-parole lors de la primaire de la droite et du centre en 2016 – appartenaient encore au parti de la rue de Vaugirard. C’est aussi le cas de Thierry Solère, ancien porte-parole de François Fillon, aujourd’hui conseiller d’Emmanuel Macron, qui a beaucoup œuvré en coulisses pour débaucher de nouveaux élus LR.

Après quelques jours d’« embarras diffus », selon l’expression d’un conseiller de l’exécutif, l’Élysée a fini par reconnaître avoir eu connaissance de cette plainte classée sans suite, avant la nomination de Damien Abad. En revanche, « Élisabeth Borne ne savait pas, croit savoir un cadre de LREM, c’est pour ça qu’elle est agacée. Elle ne l’aurait jamais nommé sinon ». « Cette plainte était classée sans suite, insiste un proche du président de la République. Mais les décisions de justice ne sont plus audibles. Au-delà du cas Abad, c’est ça le sujet. »

Sujet devenu hautement politique en pleine campagne pour les élections législatives, LREM ayant pensé, dans un premier temps, avoir trouvé un bon angle d’attaque contre son adversaire La France insoumise (LFI). La mise à l’écart du journaliste et militant Taha Bouhafs, visé par plusieurs signalements, en a été le prétexte. Avant que la majorité sortante ne soit aussitôt rattrapée par plusieurs dossiers et ne s’empêtre dans ses contradictions.

Alors que l’ancien ministre Benjamin Griveaux décrétait que « la justice se rend dans un tribunal, pas dans un conclave d’un parti politique » à propos des procédures internes de LFI, une condamnation en justice n’était plus jugée suffisante pour écarter un cadre de LREM. Jusqu’au bout, le mouvement présidentiel a tenté de maintenir l’investiture aux législatives de Jérôme Peyrat, ancien conseiller de l’Élysée condamné pour violences conjugales en 2020. La polémique a fini par le contraindre à renoncer.

C’est aussi la pression qui a contraint LREM à ne pas accorder l’investiture à deux députés sortants visés par des procédures pour violences sexuelles : Stéphane Trompille, condamné aux prud’hommes pour harcèlement sexuel – il a fait appel –, et Pierre Cabaré, visé par une plainte pour harcèlement sexuel et condamné aux prud’hommes pour le licenciement sans cause réelle et sérieuse d’un collaborateur ayant témoigné contre lui.

Au-delà des polémiques partisanes ou des manipulations opportunistes, ces affaires ont eu le mérite de poser des questions essentielles pour les partis politiques : comment gérer les dénonciations de violences sexistes et sexuelles en leur sein ? Faut-il s’en remettre à la justice ou conduire des procédures internes, comme il en existe dans toutes les formations pour gérer les conflits entre deux militant·es, les dissidences ou les propos contraires aux valeurs fondamentales de tel ou tel parti ? Quelles procédures peuvent être imaginées ? (...)