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Marie-Claude Saliceti
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le Parisien
Violences policières : quand l’IGPN enlève la case « injure raciste » de son rapport
Article mis en ligne le 8 juin 2020

Le pouvoir des mots. Au moment où elle se voit accusée de cacher ou de minimiser des problèmes de racisme au sein de ses troupes, l’Inspection générale de la police nationale a publié ce lundi son rapport d’activités annuel dans lequel l’expression « injures à caractère raciste ou discriminatoire » a disparu.

Les deux premiers rapports du genre jouaient pourtant la carte de la transparence. En 2017, on répertoriait ainsi 62 allégations (4 % du total) et 42 enquêtes pour ces faits. En 2018, l’IGPN indiquait que 46 enquêtes et 2,97 % des accusations étaient liées à ce sujet.

« Trente cas » mais pas de case attitrée

Alors, où sont passés ces chiffres ? En réalité, ils n’ont pas disparu des statistiques (...)

Mais alors qu’il s’agit de chiffres plus faibles que les années précédentes, pourquoi ne plus le donner clairement ?
« Plutôt invraisemblable »

Sollicité par le Parisien, le service communication de la police nationale invoque un simple « changement de format », sans en donner la raison précise. Décision a ainsi été prise de ne conserver que le tableau refroupant les quatre principaux types de manquements. Or, « placés en 5e ou 6e position cette année », les soupçons d’injure « raciste ou discriminatoire » ne sont ainsi plus visibles. Seulement, les années précédentes, une liste plus précise des infractions alléguées était publiée en parallèle. On y comptait en 2017 les douze principales accusations et en 2018, les neuf principales.

La police nationale précise que ce choix date de « mars 2020 », date où le rapport devait être rendu public mais n’avait finalement été partagé qu’à l’administration. « Ce rapport donne des grandes tendances, il n’a pas vocation à être exhaustif », se justifie-t-on. (...)

« C’est plutôt invraisemblable, rétorque auprès du Parisien le sociologue Sébastien Roché, spécialiste des rapports entre police et population. Au moment où le débat sur l’égalité (la discrimination) est ouvert enfin, c’est tout le système de régulation de la police qui est à terre ». Ce directeur de recherches au CNRS trouve « dommageable […] d’appauvrir une information déjà imparfaite et de réduire le niveau de transparence et de sincérité avec le public ».