Alors qu’un député a été la cible dimanche de projectiles lancés par des manifestants anti-passe vaccinal, les responsables politiques tentent de faire front face aux menaces. L’exécutif est sommé de trouver des solutions. Le malaise avec une partie des citoyens, lui, semble bien profond.
L’année 2022 a commencé depuis 11 jours et, déjà, 60 élus ont reçu des menaces, selon le décompte du ministre de l’intérieur. Stéphane Claireaux, député La République en marche (LREM) de Saint-Pierre-et-Miquelon, a été visé dimanche par des projectiles sur le perron de son domicile, en marge d’une manifestation contre le passe vaccinal.
Le 28 décembre dernier, Pascal Bois, député LREM de l’Oise, a vu son garage personnel visé par un incendie. Les inscriptions retrouvées sur le mur jouxtant le garage, « Votez non ! » et « Ça va péter », laissent peu de doute quant au lien entre les faits et la loi sur le passe vaccinal, étudiée le lendemain en commission parlementaire. (...)
Entre janvier et novembre 2021, selon Beauvau, 1 186 élus ont été pris pour cibles, dont 162 parlementaires et 605 maires ou adjoints victimes d’agressions physiques. (...)
En tout, depuis l’entrée en vigueur du passe sanitaire, 300 plaintes ont été déposées par des parlementaires, selon la place Beauvau.
Les élus locaux ne sont pas en reste. En février 2021, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin s’était déplacé en Seine-Saint-Denis pour y soutenir des élus menacés. Un adjoint au maire de Bondy avait été agressé, quelques jours plus tôt, en marge d’une assemblée générale du personnel communal. Stephen Hervé, le maire Les Républicains (déchu depuis), avait lui-même été visé par un projectile, puis vu les pneus de sa voiture crevés et ses vitres brisées. (...)
Le 5 août 2019, toute la classe politique avait exprimé son émoi après la mort de Jean-Mathieu Michel, maire de Signes (Var), renversé par le conducteur d’une camionnette dont il voulait verbaliser les dépôts sauvages.
« Je n’ai pas peur mais, à force de recevoir ces messages, de voir la permanence d’un collègue cramée [celle de Sacha Houlié à Poitiers – ndlr] et d’entendre tout ça, notre subconscient travaille, reconnaît le député Ludovic Mendes. On dort moins bien, on se demande ce qui peut se passer, on fait attention à des détails insignifiants. » (...)
L’opposition accuse Macron d’avoir mis de l’huile sur le feu
Emmanuel Macron a dénoncé, lundi à Nice, l’agression « inacceptable » du député Stéphane Claireaux et « l’intensification des violences » contre les élus. Son premier ministre, Jean Castex, a promis la semaine dernière de punir ces « actes ignobles » et ajouté : « Le recours à la violence, c’est la démocratie, le pacte républicain qu’il vient menacer. » Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a ouvert mardi 11 janvier la séance de questions au gouvernement par un rappel solennel. « Il est indispensable que tous les moyens de l’État soient mobilisés pour assurer la sécurité de tous les candidats comme de l’ensemble des représentants de la nation », a-t-il déclaré.
Symboliquement, les neuf présidents de groupe sont entrés à ses côtés dans l’hémicycle et ont cosigné une tribune publiée dans Le Huffington Post. « Nous n’appartenons pas aux mêmes partis […] mais nous unissons aujourd’hui nos voix parce qu’il est temps de mettre fin à l’indifférence face à la montée de la haine », écrivent les élus, représentant un spectre allant de La France insoumise à LR. « Le jour où la violence dominera le débat public, la République sera morte et notre démocratie en sera la première victime », souligne la tribune. (...)
Par-delà cette unité, l’opposition a fait entendre ces derniers jours une analyse discordante de la situation. Invité de RMC lundi, Éric Ciotti (LR) a « condamné » les actes de violence et « la tournure extraordinairement inquiétante, préoccupante et dangereuse » du rapport des citoyens aux élus. Le député des Alpes-Maritimes a toutefois tenu à dénoncer « aussi » ceux qui « font leur miel électoral sur la santé des Français, de façon honteuse et indigne », en citant Florian Philippot, figure de proue des « anti-vaccins », et Emmanuel Macron.
La sortie du président de la République sur les non-vaccinés revient souvent dans les discours des élus d’opposition lorsqu’il s’agit d’analyser le climat d’hostilité à leur égard. « Ses provocations ne contribuent pas à la sérénité, a jugé Éric Ciotti. Il a une responsabilité. » Lundi, dans les Alpes-Maritimes, une femme a présenté au chef de l’État ses mains ouvertes, sur lesquelles elle avait inscrit « Je t’emmerde », une référence directe à ses propos. (...)
Mardi soir, Richard Ferrand a reçu les ministres de l’intérieur et de la justice, Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti, pour évoquer la situation. « J’ai décidé que l’Assemblée nationale ès-qualités poursuivra en justice chaque auteur de faits qui fondent une plainte de la part d’un député, et se portera partie civile », a-t-il annoncé dans un entretien au Monde. Richard Ferrand a aussi sollicité au gouvernement la création d’une ligne statistique spécifique pour obtenir un suivi précis des suites judiciaires données à chaque affaire.
Le 29 décembre, Gérald Darmanin avait adressé un télégramme aux préfets pour renforcer la protection des élus au moindre signalement et accroître, notamment, les patrouilles autour des domiciles des parlementaires.
L’Association des maires de France (AMF), elle, a déjà demandé à ce que l’État lui donne la possibilité de se constituer partie civile dans ce type d’affaires « pour donner plus de poids à la procédure », indique Florence Portelli (LR), sa vice-présidente. (...)