Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Une mère sioux et sa fille racontent une vie de combat aux États-Unis
Article mis en ligne le 18 janvier 2020
dernière modification le 17 janvier 2020

Née dans une réserve sioux-lakota, en plein Midwest, Madonna Thunder Hawk a passé sa vie à défendre les droits des Amérindiens. Elle et sa fille, militante elle aussi, sont au centre d’un documentaire : « Warrior Women ». De passage en Europe, elles reviennent sur soixante ans de luttes, notamment contre les oléoducs qui détruisent leurs terres.

Reporterre — Pourquoi votre peuple accorde-t-il autant d’importance à la Terre, jusque dans sa spiritualité ?

Marcy — La seule manière de bien l’expliquer, c’est de dire que notre religion est la Terre. Notre histoire de la Création établit clairement nos liens étroits avec les autres « nations » que sont les animaux, l’eau, la terre... Nos prières sont en lien avec la nature. Nos cérémonies intègrent tout ce qui est vivant, y compris notre nourriture. Et nous appartenons à un territoire dont nous sommes une partie constitutive. Il conditionne notre vie…

« Warrior Women » est le titre du documentaire qui retrace vos parcours. Que vous inspire-t-il ?

Madonna — Traduire ce que nous dirions avec des phrases seulement par deux termes anglais est compliqué. Par exemple, le mot « guerrier » qui se réfère aux hommes et au masculin n’a pas d’équivalent dans notre langue. Chez nos ancêtres, naître homme vous destinait à subvenir aux besoins du groupe et à protéger. Mais un genre n’était pas supérieur à l’autre. Homme et femme étaient égaux dès lors qu’il était question de survie. Nous sommes un peuple colonisé. Les colons, qui ont apporté le christianisme et le patriarcat, ont séparé les rôles de façon genrée. Dans notre culture, les rôles hommes-femmes n’étaient pas cloisonnés, il y avait une fluidité… Chacun était entraîné pour sa protection, celle de sa famille, de sa communauté. S’il n’y avait pas d’homme, en cas de problème nous nous défendions. Et nous l’avons fait ! Les femmes étaient dans les luttes. (...)

Nous sommes les canaris des mines [Autrefois, dans les galeries, si les canaris ne chantaient plus, cela avertissait les mineurs d’un danger lié à la concentration de monoxyde de carbone]. Ce qui nous arrive vous arrivera à vous. Tout le monde doit avoir de l’eau propre. Si Nestlé, par exemple, est le propriétaire de toutes les sources, comment en garantir l’accès à tous ?

Dans ce déplacement en Europe, qu’est-ce qui vous aura marqué ?

Madonna — Nos interactions avec les jeunes. Ils sont en train de se soulever et c’est un espoir pour le monde.