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Basta !
Un silo géant met en danger la sécurité des habitants et des salariés
Article mis en ligne le 2 décembre 2014

Dans la Beauce, territoire recouvert d’immenses silos à grains, un village est entré en résistance. A Bû, la construction d’un silo à proximité des habitations suscite des oppositions : permis de construire contesté, absence de concertation, risques d’explosion... Les travaux avancent pourtant à marche forcée, malgré des manquements graves constatés quant aux conditions de travail. Un jeune ouvrier a fait une chute mortelle sur le chantier en octobre. Le tribunal administratif mettra-t-il un coup de frein, le 2 décembre, à ce projet gigantesque ?

Pas la moindre concertation n’a eu lieu (lire notre précédent article). Dans cette zone agricole non constructible, seuls des bâtiments à vocation agricole peuvent être érigés [1]. Un habitant de Bû, Oleg Kraïowski, constate que le propriétaire du silo, Interface Céréales, n’est pas une petite coopérative mais « une grosse boite commerciale qui a réalisé plus de 140 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010. » Les riverains commencent à douter de la légalité du chantier. Ce dernier progresse pourtant rapidement. Sitôt le permis de construire délivré le 22 août 2013, les travaux démarrent, sans attendre l’expiration du délai de recours de deux mois. « Les constructeurs sont allés très vite, appuie Loek Truffaut. Comme pour nous dire : maintenant que c’est fait, on ne va pas le faire détruire ! C’est un dossier emblématique d’un comportement de la toute puissance. »

Risques d’explosion

Des habitants se rendent en mairie pour consulter le permis. « Nous découvrons que Mme Evelyne Lefebvre (ex-maire UMP de Bû, non reconduite lors des élections de 2014, ndlr) a donné un accord de principe pour le permis de construire dès mai 2013, s’indigne Loek. La rétention d’information nous a énormément choqués, tout a été fait en cachette ! Y compris à l’égard de certains élus qui ont été exclus du montage ». Un conseiller municipal confirme à l’hebdomadaire Politis [2] que le permis de construire n’a jamais été évoqué en réunion de conseil. Des habitants se constituent en collectif, multiplient les réunions, distribuent des tracts. Deux mois après le premier coup de pioche, le 31 octobre 2013, une réunion d’information est enfin organisée par la maire de Bû, en présence d’Interface Céréales. La maire se justifie en considérant que « cette construction, de par son ampleur, ne nécessitait aucune information particulière » [3]. (...)

Ce qui inquiète les habitants, ce sont notamment les dangers occasionnés par des soudures, sur un silo en cours de construction, rappelle Tania Saillard du collectif Non au silo à Bû, qui a alerté à plusieurs reprises les autorités à ce sujet. Une partie des riverains craint une catastrophe similaire à l’explosion du silo de Blaye (Aquitaine) en 1997, qui a fait onze morts. Des débris sont projetés sur 100 mètres, des vitres sont brisées à 500 mètres [4]. Le silo de Bû étant tout juste inférieur à 15 000 m3, il reste dans la catégorie des installations soumises à simple déclaration – et non pas à autorisation. « Pourtant, il suffit d’une seule benne supplémentaire pour dépasser le seuil et passer en site classé Seveso », observe Loek. « En cas d’accident survenant au sein de ces installations, les effets seront contenus à l’intérieur des limites de propriété du site », défend Interface Céréales, dans un document que s’est procuré Basta ! [5]. « Même dans le cas d’un incendie, la combustion des céréales n’est nullement de nature à engendrer des émanations toxiques ». (...)

« On a l’impression que le chantier doit aller vite et que l’on se fout du reste », déplore Tania Saillard, qui a envoyé un courrier au maire, à l’Inspection du travail et à l’Agence régionale de Santé, en août 2014, pour dénoncer le fait que « les ouvriers travaillent à la passerelle, sans aucune mesure de sécurité ni de casque ». Une « mise en danger de la vie d’autrui ». Ce courrier reste sans réponse.

Le 3 octobre, un jeune ouvrier de 25 ans fait une chute mortelle d’un échafaudage sur le chantier du silo. L’épouse de cet ouvrier a déposé une plainte pour homicide involontaire contre l’employeur [7]. L’enquête sur les circonstances de l’accident est toujours en cours. L’avocate de la famille, Corinne Gauthier, souligne auprès de Basta ! « des manquements graves aux règles d’hygiène et de sécurité ».
(...)

Le centre ville de la commune de Bû accueille depuis les années 50 un silo (photo ci-dessous). Mais ce dernier serait « devenu totalement obsolète en termes de capacité de stockage, de performances techniques et d’accessibilité », explique Interface. Pourquoi construire un silo dix fois plus grand ? Augmenter la capacité de stockage permettrait de réduire la fréquence des allers retours des camions de transport, appuie la société. « Si c’était vrai, Interface Céréales aurait construit un silo plat, beaucoup, beaucoup, moins cher à la construction, contestent les riverains. Et ce, même si le coût de la récupération de la marchandise est plus difficile pour les camions et engendre un surcoût. » Le silo en cours de construction est un modèle vertical, équipé pour les chargements et déchargements rapides. Or ce type d’installation est utilisé en général non par des agriculteurs mais par les négociants en céréales... (...)

Ce nouveau silo va-t-il servir uniquement l’activité agricole locale ou devenir une plateforme industrielle pour l’export ? (...)

Trente-sept requérants ont décidé de porter l’affaire devant le tribunal administratif d’Orléans (...)

Ces derniers mois, l’affaire du silo de Bû a généré un immense « ras-le-bol » dans la commune. « Cet équipement a été le catalyseur des dernières élections municipales », atteste Loek Truffaut. Une liste d’opposition emmenée par l’un des requérants a remporté l’élection. Contacté par Basta !, le nouveau maire, Pierre Sanier, déclare n’avoir « pas d’avis sur le projet de silo ». Mais un conseiller municipal est plus prolixe : « Si le permis de construire est annulé, la municipalité ne fera pas appel de la décision ».

Ne plus imposer de force un projet, « ni ici ni ailleurs »

le collectif ne désarme pas et réaffirme son ambition à « œuvrer pour que plus jamais sur le territoire national, aucune entité, ni aucun élu ne puisse s’aventurer à chercher à imposer de force un tel programme à des habitants ».