Après le revers subi par le PS au premier tour des élections municipales, les médias n’ont pas tardé à évoquer la nécessité et l’imminence d’un remaniement ministériel susceptible de relancer une présidence et un gouvernement désavoués et déjà à bout de souffle. Deux ans après l’accession au pouvoir des socialistes, la désillusion et l’amertume suscitées par l’absence d’une réelle alternative aux années Sarkozy entraînent un immense désarroi électoral : l’abstention et les votes de rejet sont l’expression d’un recul civique particulièrement préoccupant. La ligne politique ne pouvant être remise en cause puisqu’elle est largement déterminée par Bruxelles et les milieux financiers, il s’agit de donner le change afin justement que rien ne change.
Que le nom de Manuel Valls soit le plus fréquemment cité pour occuper le poste de Premier ministre montre à quel point les médias participent activement à la promotion de l’idéologie sécuritaire et au brouillage des lignes entre la droite et une certaine gauche. Et que le Premier ministre actuel, grand promoteur de l’aéroport Notre Dame des Landes, se voie décerner, à la différence de son challenger, un brevet d’éco-compatibilité, propre à mieux assurer la liaison entre les différentes composantes de la majorité, montre à quel point la mystification et l’enfumage sont désormais inhérents au débat politique. Jean-Marc Ayrault est éco-compatible car il n’est nul besoin de mener une politique innovante dans le domaine de l’écologie pour satisfaire les ministres verts ; leurs deux maroquins ministériels suffisent à leur bonheur tandis que les renoncements programmatiques s’accumulent : report de la transition énergétique, abandon de la taxe diesel, enterrement de l’écotaxe. . . Leurs exigences se réduisent comme peau de chagrin mais, à défaut d’être utiles, ils ont sans doute le sentiment d’être importants. Jusqu’à présent, le renoncement au projet d’aéroport à NDDL apparaissait malgré tout comme l’une de leurs revendications non négociables, un des derniers motifs de rupture possible ; ceux qui accordaient encore un peu de crédit à Cécile Duflot et à Pascal Canfin se demandaient si l’expulsion de la ZAD et le démarrage des travaux sur le site de l’aéroport de Notre Dame des Landes seraient susceptibles de provoquer leur départ du gouvernement. . . L’accord finalement signé à Nantes entre les écologistes et le PS nous a fourni la réponse : quelques places de conseillers municipaux ont suffi à éteindre la flamme revendicative des élus d’EELV. Les Verts doivent considérer désormais que l’aéroport NDDL est compatible avec la transition écologique à condition « de ne pas débuter les travaux avant l’épuisement de tous les recours juridiques actuellement déposés », ce qui avait d’ailleurs été déjà concédé par l’éco-compatible Jean-Marc Ayrault. (...)