Enfin ! L’Assemblée constituante a adopté jeudi soir, les derniers articles de la Constitution après des mois de débats interminables, de blocage politique, trois semaines de négociations acharnées.
Les députés ont presque achevé leur marathon dans un mélange de soulagement, de fatigue, d’amertume en raison des compromis imparfaits, et de deuil après le décès d’un des élus, Mohamed Allouch, mort d’un infarctus la veille.
Il leur reste à adopter, dimanche, le texte dans son intégralité à une majorité des deux tiers des membres (145 voix).
Focalisés sur la charia, les observateurs extérieurs ont raté l’essentiel de la substance des débats : l’enjeu est bien davantage la tension entre universalité et identité pour opposer une spécificité culturelle à l’application des normes internationales. Le sort de l’article 6 sur la liberté de conscience illustre cette tension. (...)
On a tendance à prêter à la Constitution, dans le prolongement d’une tradition politique tunisienne, la vertu de pouvoir définir la société. Or, le texte rédigé par la Constituante ne consacre pas une vision au détriment d’une autre. Il définit un cadre commun dans une logique inclusive. Il est le produit d’un rapport de forces, tout en étant tendu vers des perspectives de liberté et d’égalité.
La Constitution est traversée par des références à l’identité arabo-musulmane, s’ouvre et se clôt par une formule islamique, place liberté de conscience et d’expression en tension avec le référent religieux et la morale publique. Les débats sur l’égalité dans l’héritage ou la peine de mort, ne sont pas tranchés parce qu’ils touchent à des dogmes religieux.
Manifestations d’Hizb Tahrir, contre la Constitution « laïque », le 24 janvier (Thierry Bresillon/Rue89)
Mais par ailleurs, au grand dam des islamistes radicaux, le caractère civil de l’Etat est sanctuarisé, l’islam est exclu du champ des sources du droit positif, les libertés de conscience et d’expression, sont reconnues.
Les ambivalences du texte sont-elles des fragilités, ou bien au contraire, sont-elles des gages de longévité ? (...)
Quelles que soient les imperfections du texte, ce long processus constitutionnel est l’acte fondateur d’une vie démocratique.
Les députés se sont dépensés sont compter pour défendre leur vision, pousser leurs amendements jusqu’à la dernière minute. Les présidents de groupe ont dû rendre compte en permanence à leurs élus, bien décidés à ne pas être godillots.
Tous les députés, mêmes les plus fantasques, ont pu faire entendre leur voix. Les militants associatifs de toutes sensibilités ont eu un accès direct aux élus pour plaider leur cause.
Mabrouka Mbarek (députée CPR, à gauche) sollicitée pour soutenir un amendement de l’abaissement minimal de l’âge des députés (Thierry Bresillon/Rue89)
Ce temps politique intense a montré que des visions contradictoires pouvaient s’affronter sans jamais rompre le pacte de la délibération démocratique. (...)