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Marie-Claude Saliceti
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Tunisie : Entretien avec Fathi Chamkhi sur le nouveau gouvernement et la politique du Front populaire
Article mis en ligne le 5 mars 2015
dernière modification le 28 février 2015

À un mois du Forum Social Mondial qui se produira à nouveau à Tunis du 24 au 28 mars, Fathi Chamkhi, du RAID-ATTAC-CADTM, et devenu député depuis novembre 2014, fait le point sur la situation politique qui règne en Tunisie.

(...) Quelle est l’orientation des partis présents au gouvernement ?

Qu’ils se réclament du « modernisme », de l’islamisme ou franchement du libéralisme, ils n’ont en fait que des divergences de façade. Ils le savent très bien ! Aucun n’a véritablement de programme, encore moins un projet pour cette Tunisie qui a rejeté l’austérité et les restructurations néolibérales, et qui continue de refuser d’en supporter les frais. Ce qui compte pour eux, c’est de convaincre les vrais maitres de la Tunisie, à savoir le capital étranger, qu’ils représentent une d’alternative viable à l’ancien pouvoir dictatorial. Il va de soi qu’ils poursuivent sa politique néo-libérale, sans se soucier du droit des Tunisiens à disposer librement d’eux-mêmes. (...)

Une fois les élections passées, les masques sont tombés. L’heure est à « l’union sacrée ».
Il est clair que les différentes expressions de la contre-révolution se préparent, en s’unissant, à passer à la contre-offensive contre les classes laborieuses et la jeunesse qui revendiquent une vie meilleure et un avenir.

Quelles répercussions cette alliance provoque-t’elle dans les rangs et dans l’électorat de Nidaa et Ennahdha ?

Beaucoup, surtout parmi celles et ceux qui ont voté pour Nidaa, se sentent trahis par cette alliance qui réinstalle au gouvernement les islamistes qu’ils voulaient écarter, en votant pour Nidaa. L’argument du « vote utile » contre le ‘danger islamiste’ avait permis à Nidaa de siphonner les voix de plusieurs partis, ainsi que d’une partie de celles du Front populaire.
Ennahdha, pour sa part, assiste impuissante au rétrécissement de sa base électorale. Son discours idéologique, qui lui avait permis de gagner les élections de 2011, est en train de tomber en lambeaux : après son échec au pouvoir, son alliance avec Nidaa, lui ôte toute crédibilité aux yeux de larges couches des classes populaires qui étaient tombées, il y a trois ans, sous le charme de l’idéologie islamiste.

Quelles sont les raisons avancées par le Front populaire (FP) pour refuser de voter la confiance au gouvernement, et à plus fortes raisons y participer ?

D’abord, le refus de la présence dans le gouvernement de ministres d’Ennahdha. Ensuite, le refus d’y voir aussi des dirigeants de l’ancien pouvoir de Ben Ali.
Enfin, et c’est la raison la plus importante, le rejet du programme économique et social du gouvernement, qui n’est rien d’autre qu’un remake ‘élargi et approfondi’ de celui qui était appliqué sous Ben Ali. (...)

Quelle va être la politique économique et sociale du gouvernement ?

Le train est déjà lancé ! Il poursuit dans la même voie sans issue, tout en essayant d’aller plus vite. Concrètement, le gouvernement veut poursuivre la mise en œuvre du second Plan d’ajustement structurel dicté par le FMI et la Banque mondiale, ainsi que des nouveaux accords de libre-échange avec l’Union européenne. L’holocauste social va se poursuivre, ce qui risque fort de rendre, de nouveau, la situation explosive. (...)

le FP a montré qu’il était en capacité de gérer ses tensions et de corriger ses erreurs. Il a gagné en maturité, même si des faiblesses demeurent au niveau de ses analyses.
Le FP compte en effet dans ses rangs des militant-e-s ayant les capacités et l’expérience nécessaires pour formuler un projet cohérent et compréhensible.
Il lui reste à ne pas se limiter à agir au niveau du parlement, mais à prendre toute sa place dans les mobilisations face à la crise économique et sociale que traverse le pays.