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Marie-Claude Saliceti
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Silence complice sur Haïti : solitude des morts sans importance
Article mis en ligne le 3 octobre 2019

Depuis Haïti, l’écrivain Lyonel Trouillot lance un cri d’alarme. Il interpelle la presse occidentale sur son silence abyssal face à la situation dans son pays où la population est mobilisée depuis plus d’un an face au scandale de corruption PetroCaribe. Et où la seule réponse est le silence et la répression.

Sans verser dans les théories du complot, il y a quelque chose d’écœurant et d’inquiétant dans le silence de la presse occidentale sur la situation haïtienne.

Depuis plus d’un an, des milliers de citoyens descendent rgulièrement dans les rues de la capitale et des principales villes de province pour réclamer la démission du président de la République et la tenue du procès PetroCaribe (disparition de milliards de dollars issus d’un prêt accordé par le Venezuela).

Depuis plus de sept mois, le pays n’a pas de gouvernement, le président et sa majorité parlementaire ne parvenant pas, malgré toutes leurs tentatives en violation flagrante de la Constitution, à installer un Premier Ministre. La résistance s’y oppose.

Depuis plus d’un mois, l’opposition et la population se voient forcés de recourir à des manifestations et au blocage des activités. Les hôpitaux, les écoles, les services publics, le commerce, les activités de production déjà faibles, tout est bloqué. Pays lòk.

Les réponses à cette situation sont la répression et le silence. Des militants politiques sont assassinés (...)

Des véhicules sans immatriculation ou immatriculés police nationale ou service de l’Etat promènent des hommes encagoulés qui tirent les manifestants ou ciblent les militants politiques de l’opposition.

Le président de la République s’enferme dans son mutisme et mène une vie de fugitif. Son cortège se fait caillasser, personne ne sait où il dort. La conférence épiscopale, organe de l’Eglise catholique, la Confédération des pasteurs protestants, les professeurs d’Université, des collectifs d’artistes et d’intellectuels, des organisations du monde des affaires, des barreaux, le Haut conseil judiciaire, des personnalités de la société civile, l’opposition politique, ce sont tous les secteurs organisés de la vie nationale qiréclament le départ du président. (...)

Depuis l’opération pays lòk, les activités de tous ordres sont bloquées. Les cas sont nombreux de personnes qui meurent par manque de soins médicaux. (...)

La majorité des habitants des villes gagnent leur vie au jour le jour et vivaient déjà dans une situation précaire. Cette misère au quotidien n’a fait qu’augmenter. Mais, comme ils le disent à la radio : nous consentons au sacrifice pour en finir avec la corruption et l’impunité.

Aucun secteur organisé de la population ne soutient le président de la République. Il n’aurait l’appui que de quelques ambassades, principalement celle des Etats-Unis.

Pourquoi et comment la presse occidentale, reste-t-elle silencieuse sur la situation haïtienne ? (...)

Le silence sur la situation haïtienne n’est-il pas dû, au moins en partie, au fait qu’elle n’offre pas la possibilité d’une récupération idéologique établissant la « démocratie occidentale » comme le meilleur modèle politique et social ? S’agit-il bien de révéler aux citoyens ce qui se passe ou de choisir les faits qu’on relate en fonction de ce qu’on leur fait dire ?

Aujourd’hui, en Haïti, une manifestation est prévue. Des gens vont encore mourir. Dans le silence.