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Marie-Claude Saliceti
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Basta !
« Si on reprend le boulot, on sait que ce sera pire » : 365ème jour de grève pour des postiers des Hauts-de-Seine
Article mis en ligne le 31 mars 2019

Dans le département des Hauts-de-Seine, 150 postiers et postières sont en grève depuis... un an ! Mobilisés contre le licenciement d’un de leurs représentants, Gaël Quirante, autorisé en mars 2018 par la ministre du travail Muriel Pénicaud, ils dénoncent également la dégradation de leurs conditions de travail et l’accélération des cadences. Confrontés, selon eux, au silence de la direction et du pouvoir politique, ils poursuivent leurs actions et engrangent les soutiens en espérant toujours « remporter une victoire ». Reportage.

L’histoire remonte à 2010. La Poste tente alors de licencier Gaël Quirante, responsable syndical Sud, en l’accusant de séquestration. Le syndicaliste avait participé à une occupation de la direction départementale de l’entreprise avec neuf autres salariés, une action pour laquelle il avait écopé d’une amende avec sursis [1]. Refusé à quatre reprises, par l’inspection du travail, par le ministre du Travail, par le Tribunal administratif puis, à nouveau par l’inspection du travail, son licenciement a finalement été approuvé par Muriel Pénicaud, qui a donné raison à la Poste, laquelle accusait Gaël Quirante de « faute grave ». (...)

Au-delà de ce qu’ils considèrent comme un licenciement abusif, visant à faire taire un militant syndical très actif, les postiers et postières dénoncent la dégradation progressive de leurs conditions de travail. Depuis 2010, quand la Poste devient une société anonyme à capitaux publics, les tournées sont réorganisées à de multiples reprises et les cadences se sont accélérées. La plupart des facteurs ne parviennent plus à boucler leurs tournées sans dépasser leurs horaires de travail réglementaires. Les grévistes s’insurgent aussi de l’absence de transparence sur la quantification de leur charge de travail. (...)

Les postiers regrettent également que le temps qu’ils prennent à nouer des liens sociaux, avec les personnes retraitées notamment, soit considéré par leur direction comme du « temps parasite ». Perte de sens du travail et cadences effrénées entraînent de grandes souffrances. Depuis dix ans, une centaine de salariés se sont suicidés. (...)

Depuis un an, les postiers et postières de ce département de l’ouest parisien n’ont pas chômé : ils font la tournée des bureaux pour convaincre leurs collègues, discutent avec les usagers, tentent de dialoguer avec le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire (lors du dernier salon de l’agriculture), manifestent, occupent et apportent même leur soutien à d’autres mouvements de grève. « Je me lève plus tôt que lorsque je travaillais » (...)

Tout cela n’empêche pas les gros coups de fatigue, ni les abandons - une vingtaine de personnes depuis un an. Mais la solidarité prime plus que tout (...)

Les grévistes agissent aussi sur le plan juridique. Dans les Hauts-de-Seine, la direction de la Poste a été condamnée 22 fois en quatre ans par plusieurs tribunaux pour défaut d’informations des comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) concernant la quantification de la charge de travail. (...)

« Cette lutte montre l’intelligence collective en exercice. Elle prouve qu’on peut lutter avec courage et détermination malgré les difficultés. Les grévistes disent d’ailleurs que cela créé entre eux une sorte de famille qui les aide à tenir. » Comment tenir justement, avec des fiches de paie à zéro euros pendant si longtemps ? Les grévistes paient leur loyer grâce à une caisse de grève, alimentée par diverses organisations associatives, syndicales et politiques. Chacun peut également verser son obole sur le pot commun, dont le montant s’élève à 102 838 euros. (...)

Alors, les actions continuent. Le 20 janvier 2019, les grévistes s’introduisent dans le ministère du Travail pour réclamer un entretien avec le cabinet de la ministre Muriel Pénicaud. Ils en sont évacués par les CRS qui interpellent Gaël Quirante. Le 6 février suivant, Nordine Belkasmi, postier depuis six ans à Asnières-sur-Seine, a le nez fracturé par un cadre supérieur de la Poste, lors d’une action au siège départemental de Nanterre. (...)

Les grévistes dénoncent aussi l’agressivité des vigiles présents devant les locaux quand ils organisent des manifestations. « A chaque fois, il y a des agressions physiques. On a même entendu des menaces de viol envers l’une des membres de notre comité de soutien. »
Un soutien très large des salariés de la Poste

Avec la direction, le dialogue semble bloqué. Sollicitée par Basta !, elle a assuré avoir fait 74 propositions de rencontres aux grévistes, qui se sont présentés à 23 d’entre elles. « Ce sont des réunions où ils nous écoutent sans répondre à nos revendications concernant la charge de travail. Sans proposer de moratoires sur les réorganisations », raconte Gaël Quirante. La Poste semble estimer que les grévistes sont isolés du reste de leurs collègues. (...)

Les résultats des dernières élections professionnelles tendent à prouver que nombre de salariés soutiennent les revendications des grévistes. (...)

Combien de temps les 150 activistes grévistes pourront-ils encore tenir ? Difficile à dire. « Nous n’avons pas le choix. Si on reprend le boulot, on sait que ce sera pire. Car le projet de l’entreprise, c’est de nous faire travailler toujours plus sans compensation. Il faut remporter une victoire », assure Gaël Quirante. L’un de leur soutien politique, Éric Coquerel, député France Insoumise de Seine-Saint-Denis, se veut optimiste en évoquant la victoire récente d’autres mouvements sociaux. Celle des sous-traitants du Park Hyatt Vendome, qui, après 87 jours de grève, ont conclu un accord renforçant leurs droits. Celle des salariés de l’Holiday Inn Place de Clichy, dont le conflit a pris fin après 111 jours de débrayage, avec l’amélioration de leurs conditions de travail. (...)