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Marie-Claude Saliceti
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Infomigrants
Séparées au Maroc, une fillette et sa mère se retrouvent aux Canaries
Article mis en ligne le 27 août 2022

Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montre les touchantes retrouvailles entre une mère et sa fille à l’aéroport de Las Palmas, aux Canaries. Originaires de Côte d’Ivoire, elles ont été séparées presque deux ans sur la route de l’exil.

Une petite fille qui aperçoit sa maman et qui court à toute vitesse vers elle. Une mère, en larmes, qui se prosterne à ses pieds puis qui enlace longuement son enfant. L’étreinte dure plusieurs minutes au milieu d’un hall de l’aéroport de Las Palmas, sur l’île de Grande Canarie.

Cette scène émouvante, immortalisée par l’activiste Begoña Barrenengoa et publiée sur Twitter le 17 août par le militant Txema Santana, s’est déroulée début juin dans l’archipel espagnol. La vidéo a été vue plus de 110 000 fois en une semaine.

Si toutes deux sont si émues de se retrouver, c’est qu’elles ont été séparées un an et demi sur la route de l’exil.
"Maïmouna n’avait pas les moyens de payer pour deux personnes"

Retour sur leur histoire. Maïmouna fuit la Côte d’Ivoire en 2018 avec sous le bras, sa fille Yaya qui avait alors 7 ans. Les deux Ivoiriennes atteignent le Maroc en 2019 et espèrent rejoindre rapidement la France, où le père de famille est installé depuis cinq ans après avoir fui son pays pour raisons politiques.

Mais le coût de la traversée vers l’Espagne et la pandémie de Covid-19 retardent leur plan. En janvier 2021, la mère prend une décision radicale : elle fera le voyage sans sa fille. (...)

Un an plus tard, en janvier 2022, c’est au tour de Yaya de prendre la mer depuis la ville de Laayoune, au sud du Maroc, avec la Guinéenne qui l’avait recueillie. La fillette de 11 ans débarque au port d’Arguineguin, sur l’île de Grande Canarie, au petit matin.

"Le voyage a duré 27 heures. Le canot pneumatique dans lequel se trouvait la petite fille était composé d’une soixantaine de personnes. Les migrants ont été secourus à 22h et sont arrivés au port à 6h du matin", précise Begoña Barrenengoa.

Pour la mère, ces longues heures d’attente relèvent du supplice. "Quand j’ai laissé Yaya au Maroc, je me suis beaucoup inquiétée mais je n’avais pas le choix. Lors de la traversée, j’ai eu très peur. Les mots me manquent. J’ai les larmes aux yeux lorsque j’y repense", dit Maïmouna dans un enregistrement audio envoyé à l’activiste, et consulté par InfoMigrants. (...)

À son arrivée aux Canaries, Yaya est directement prise en charge par les autorités et placée dans un centre pour mineurs. Dans ses affaires, la fillette a gardé précieusement le numéro de téléphone de sa mère.

Maïmouna, qui échange régulièrement avec son enfant, est désemparée. Son statut de sans-papiers en France l’empêche de voyager légalement en Espagne. La mère remue ciel et terre et prend contact le 14 février avec Begoña Barrenengoa via un groupe de migrants sur Facebook. (...)

Pendant quatre mois, Begoña Barrenengoa se démène pour réunir la famille. Elle se rend en France par ses propres moyens, vérifie les informations, récupère les documents nécessaires et fait le lien avec l’administration espagnole.

"Les choses ont été longues et pénibles, c’était très stressant", se rappelle l’ancienne assistante sociale. "C’était dur et frustrant car Yaya pensait qu’en arrivant en Espagne, elle retrouverait tout de suite sa mère. Mais elle a dû patienter plusieurs mois. Chaque jour, elle préparait ses affaires en espérant que sa mère serait là". (...)

La famille est aujourd’hui hébergée par le Samu social dans un hôtel parisien. Le père, qui travaille en France depuis cinq ans, a entrepris des démarches pour avoir une autorisation de séjour. Tout comme Maïmouna et Yaya, qui espèrent bénéficier d’une protection en France. En attendant, Begoña Barrenengoa a gardé le lien avec la famille et essaye de faire scolariser la petite fille pour la rentrée.