Novembre 2013 : au moment où se déroulent les élections législatives au Mali |1|, nous avons interviewé Sekou Diarra, président de la CAD Mali (la Coalition des Alternatives africaines « Dette et Développement » - membre du réseau CADTM) à l’occasion de son séjour en Europe pour participer aux activités internationales du CADTM sur la dette tunisienne et égyptienne |2|. L’occasion de l’interroger sur la situation actuelle de son pays près d’un an après l’intervention militaire de la France, les résultats de l’élection présidentielle mais aussi sur l’audit citoyen de la dette malienne en cours de réalisation.
Comment l’intervention de la France est-elle perçue aujourd’hui par les Maliens, un an après le début des opérations militaires ?
On assiste aujourd’hui à d’importantes manifestations contre la France notamment dans la capitale à Bamako. En effet, les Maliens ont de plus en plus conscience des intérêts de l’ancienne puissance coloniale. Il est clair que la France est intervenue militairement pour défendre ses intérêts dans l’exploitation des ressources naturelles du Mali parmi lesquelles on trouve le pétrole, l’uranium, l’or, l’eau douce. C’est principalement pour préserver sa mainmise sur l’uranium, exploité par l’entreprise française Areva au Nord du Mali, que la France est intervenue militairement en janvier 2013.
Le collectif MP22, qui a été crée le 22 mars 2012 et qui regroupe une centaine de partis politiques et d’organisations de la société civile malienne, dénonce depuis le début (avant l’entrée en guerre de la France) cet impérialisme français. Malheureusement, ses positions n’ont pas rencontré un grand écho auprès de la population à cause des grands médias comme RFI (Radio France Internationale) qui ont mené une véritable campagne de désinformation visant à légitimer une intervention militaire de la France contre les djihadistes au Nord du Mali. Force est pourtant de constater que le Nord du Mali (notamment la province de Kidal) n’est toujours pas sous le contrôle des autorités maliennes et que des exactions continuent à être perpétrées contre la population. (...)
L’audit citoyen de la dette est un processus qui doit réunir tous les acteurs qui luttent contre l’endettement illégitime, donc aussi bien les paysans, les ouvriers, les leaders syndicaux et politiques, les jeunes, les femmes, les universitaires, les étudiants, etc. En effet, l’audit doit être l’outil pour expliquer à la population les mécanismes et les conséquences de l’endettement. Qui sont les acteurs de l’endettement ? ; qui en profite ? ; quels ont été les résultats de l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés |5|) orchestrée par le FMI et la Banque mondiale ? ; comment l’argent public a-t-il été dépensé ? etc. A travers cet audit, nous voulons également montrer que des alternatives à la dette existent et que des annulations de dettes ont déjà eu lieu dans le passé.
L’audit doit être citoyen car c’est à la population de se questionner sur la légitimité de telle ou telle dette. Ce n’est donc pas un audit fait par des « experts » même si nous avons dans notre équipe des personnes dotées de solides connaissances en économie, droit, etc. Notre démarche est politique. (...)
Alors que ces privatisations ont échoué, les gouvernements successifs au Mali continuent sur cette voie et présentent les partenariats publics-privés comme une alternative pour le développement du Mali... L’audit citoyen doit donc également analyser ces « partenariats » pour montrer en quoi ils ne profitent pas au peuple malien.