Depuis le 13 mai 2021, disposant de son propre bateau le Geo Barents, Médecins Sans Frontières est de retour en mer pour sauver des vies. Le 20 septembre, deux nouvelles opérations de sauvetage ont permis de secourir 60 migrants. Une fois en sécurité à bord, certains rescapés ont décidé de raconter leur périple pour dénoncer les situations inhumaines qu’ils traversent, les abus et les violences qu’ils subissent. La Méditerranée centrale constitue la route migratoire la plus meurtrière au monde. Depuis le début de l’année, plus de 1 115 personnes sont mortes ou ont été portées disparues dans cette zone, tandis qu’environ 25 000 migrants et réfugiés ont été interceptés et renvoyés de force en Libye.
Baptiste* se remémore les mois qui viennent de s’écouler : « En 2021, Sophie* et moi sommes arrivés en Libye. Je n’avais jamais vu les gens se comporter d’une façon aussi inhumaine. Nous avons été traités encore plus mal que des animaux. Sur le chemin, j’ai été témoin de beaucoup de violence, de violences sexuelles et de viols en réunion. Dans un quartier de Tripoli, nous avons fini par trouver un hangar où vivre. Nous avons trouvé du travail et quelque chose à manger. C’étaient des moments très durs, je me sentais désespérément seul. Je continuais à vivre grâce au soutien de ma famille.
Pendant cette période, j’ai été kidnappé. On m’a emprisonné dans une petite pièce isolée. Les kidnappeurs m’ont forcé à appeler ma mère au Cameroun pour lui demander de payer une rançon, en menaçant de me tuer. Ma mère a dû vendre le petit morceau de terrain que nous possédions. C’était la dernière chose qui lui restait. Après que ma famille eut payé la rançon, ils m’ont à nouveau tabassé. Je suis resté emprisonné dans cette pièce pendant cinq jours, avant qu’un homme traite avec eux pour me faire sortir. Par la suite, il m’a aidé à prendre soin de moi.
Je me souviendrai toujours du jour où notre enfant est né, le 6 août. Ma femme Sophie a accouché “à la maison” car l’accès aux soins est inexistant en Libye pour les personnes noires. J’ai été traité comme un moins que rien, un chien a plus de valeur que moi. » (...)
Sophie, la mère du nouveau-né, ajoute : « Le jour de la naissance, je me suis retrouvée sans soins médicaux. Pendant l’intégralité de la grossesse, je ne savais pas si mon bébé était en bonne santé. J’étais terrifiée. Le jour de l’accouchement, une voisine est venue m’aider, mais elle était encore plus nerveuse que moi, ses bras tremblaient en permanence. Après la naissance de Bienvenu*, nous sortions rarement tellement le risque de kidnapping était élevé. Mon enfant ne recevait aucune attention médicale. » (...)
« Ils nous torturaient en permanence »
Récit d’Ayaan*
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Ayaan explique que pendant sa captivité, elle était battue en permanence avec des câbles et de l’électricité : « Ils sont venus à l’intérieur de la pièce et ont jeté les femmes au sol. Ils leur ont pris leurs vêtements. Ils ont violemment tiré les cheveux d’une femme et l’ont frappée. Ils nous torturaient en permanence. » Elle raconte que de nombreuses personnes de son pays sont détenues contre leur volonté, et se rappelle que la plupart sont mortes sur leur lieu de captivité. (...)
Ayaan reçoit actuellement des soins médicaux à bord du Gero Barents. Elle nous explique qu’elle n’a pas pu contacter sa famille depuis six mois. Quand on lui demande ce qu’elle attend de l’avenir, elle répond : « Trouver un travail où je peux aider ceux qui en ont besoin. J’ai envie d’aider les gens. »
« Tu deviens effectivement fou »
Récit de Boubacar*
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