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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Sarkozy condamné : 254 pages de jugement face au vide de la com
Article mis en ligne le 4 mars 2021

L’ancien président s’est livré, mercredi 3 mars, dans Le Figaro puis au « 20 Heures » de TF1, à une campagne de communication pro domo après sa condamnation pour « corruption ». Il a répété à de nombreuses reprises que le dossier était vide. Au nom de l’information des citoyens, Mediapart publie l’intégralité du jugement.

Nicolas Sarkozy a toujours autant d’énergie mais, semble-t-il, de moins en moins d’arguments. C’est en tout cas l’impression que laisse la campagne de communication pro domo à laquelle l’ancien président de la République s’est livré, mercredi 3 mars (...)

L’ex-chef de l’État, qui a fait appel du jugement comme les deux autres personnes condamnées avec lui (son avocat Me Thierry Herzog et l’ancien haut magistrat Gilbert Azibert), a multiplié les approximations, erreurs et amalgames sur les faits, tout en s’adonnant à une sorte de langage performatif selon lequel il suffirait de répéter et répéter encore qu’un dossier judiciaire est « vide » pour qu’il le soit vraiment. (...)

Dans l’affaire Bismuth, Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir, d’une main, obtenu des informations confidentielles de la part d’un magistrat haut placé (Gilbert Azibert) et, de l’autre, de s’être engagé en contrepartie à l’aider à obtenir un poste convoité sous le soleil de Monaco, le tout par l’entremise de l’avocat Thierry Herzog, ami des deux hommes.

Parmi les éléments de langage maintes fois remis sur l’établi médiatique, Nicolas Sarkozy a dit sa stupéfaction d’être condamné dans une affaire de corruption alors qu’il n’y avait « pas un centime » en jeu. Avocat de profession, l’ancien président peut-il vraiment ignorer que le délit de corruption ne recouvre pas toujours des questions d’argent ?

Il s’est également étonné à plusieurs reprises que sa seule intention d’aider le magistrat qui l’informait secrètement via Me Herzog ait suffi à le confondre pénalement. C’est effectivement un des éléments prévus par la loi. (...)

À de multiples reprises, il s’est indigné que ses conversations avec son avocat aient pu être écoutées par la police, oubliant de rappeler, d’une part, qu’il avait créé une ligne secrète – la fameuse ligne « Bismuth » – et, d’autre part, que la jurisprudence dispose que le secret professionnel des avocats ne peut en aucun cas être le paravent de la commission d’infractions.

Ce n’est pas tout. Il s’est plaint qu’une enquête du Parquet national financier (PNF) lui aurait été cachée et, en plus, l’innocentait. L’enquête en question, menée parallèlement aux investigations pour « corruption » du dossier « Bismuth », ne le visait pas, lui, mais la « taupe » qui l’aurait informé d’un placement sur écoute judiciaire. Et le fait que ladite « taupe » n’ait pas été formellement identifiée par l’enquête ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Pas plus que l’absence de certitude sur l’identité d’un meurtrier ne redonne vie au cadavre…

Jurant la main sur le cœur qu’il n’attaquait pas la justice après sa condamnation, tout en dénonçant un « harcèlement » et une « injustice », Nicolas Sarkozy s’en est pris à plusieurs reprises nommément à des magistrats, du parquet ou du siège. (...)